Au Gabon, la circulation des médicaments de contrebande et contrefaits représente une préoccupation croissante pour la santé publique et l’économie pharmaceutique. Alimenté notamment par des circuits transfrontaliers, ce commerce illégal expose les populations à des produits dont la qualité, la composition et l’efficacité ne sont pas garanties. Face à cette situation, la lutte contre les réseaux de distribution illicite constitue un enjeu majeur pour les autorités sanitaires.

Un trafic alimenté par des circuits transfrontaliers
Le commerce illégal de médicaments s’appuie sur des réseaux d’approvisionnement qui dépassent les frontières nationales. Selon les informations communiquées, les produits circuleraient notamment depuis le Cameroun et le Congo-Brazzaville avant d’être écoulés sur certains marchés de rue de Libreville, notamment à Petit Paris et à Soduco. L’ampleur du phénomène se reflète dans les saisies réalisées dans la sous-région. Entre 2020 et 2025, au moins 251 tonnes de médicaments illicites auraient été saisies dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Par ailleurs, des chiffres rapportés pour la fin de l’année 2022 font état d’importantes interceptions de produits illicites à Libreville. Ces données illustrent l’ampleur du défi, même si les volumes doivent être distingués selon leur période, leur territoire et leur source. Au-delà des quantités saisies, la persistance de ces circuits pose la question du contrôle des frontières, de la traçabilité des produits pharmaceutiques et de la surveillance des points de vente informels.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer le recours aux médicaments vendus en dehors du circuit pharmaceutique réglementé. Parmi eux, le coût des traitements occupe une place importante. Proposés à des prix parfois nettement inférieurs à ceux pratiqués en pharmacie, ces produits attirent des personnes disposant de revenus limités. À cette difficulté s’ajoutent les tensions d’approvisionnement et les contraintes financières rencontrées par certains acteurs du secteur. Les retards de remboursement de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), lorsqu’ils affectent la trésorerie des pharmacies, peuvent notamment fragiliser leur capacité à maintenir certains stocks. Lorsque des traitements essentiels deviennent difficiles à obtenir, certains patients peuvent alors se tourner vers des vendeurs informels. Toutefois, cette solution apparente comporte des risques importants. Un médicament vendu à bas prix n’offre aucune garantie quant à sa provenance, à ses conditions de conservation ou à sa composition. La lutte contre le trafic suppose donc également de renforcer l’accès aux traitements autorisés et de limiter les ruptures d’approvisionnement.
Les produits écoulés sur le marché illicite comprennent différentes catégories de médicaments, notamment des antipaludiques, des antibiotiques et des anti-inflammatoires. Certaines substances psychoactives, comme le tramadol, sont également concernées par les détournements et les ventes non réglementées. La consommation de produits contrefaits ou de qualité douteuse peut entraîner des effets indésirables, retarder la prise en charge d’une maladie ou compromettre l’efficacité d’un traitement. L’utilisation inappropriée d’antibiotiques contribue par ailleurs au développement de la résistance aux antimicrobiens, un problème majeur de santé publique. Sur le plan économique, ce commerce concurrence les pharmacies et les distributeurs autorisés, qui doivent respecter des exigences de qualité, de stockage et de traçabilité. Il fragilise ainsi le secteur pharmaceutique légal tout en alimentant des réseaux échappant aux contrôles habituels.
Face à ces enjeux, le renforcement des contrôles douaniers et sanitaires, la répression des circuits de distribution illégaux et la sensibilisation des populations apparaissent essentiels. La lutte contre les médicaments illicites passe aussi par un meilleur accès aux traitements sûrs et abordables. L’objectif est de protéger les patients tout en préservant la fiabilité du système pharmaceutique gabonais.
Kendra Charlène NDAVOURA
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