Sur les bords de route du Gabon, réparer un pneu, faire le plein d’air ou acheter de l’huile moteur passe presque toujours par des vulcanisateurs étranger c’est un constat qui a poussé les autorités à s’attaquer, depuis 2025, à la domination de ressortissants non-gabonais sur plusieurs « petits métiers » du secteur informel.
Un métier familier, un mot presque oublié
Au Gabon, on ne dit pas « vulcanisateur » : on dit « Michelin ». Ce surnom, tiré du célèbre fabricant de pneus, désigne ces artisans de bord de route qui réparent les crevaisons, gonflent les pneus et vendent huiles et petites pièces automobiles. Un service essentiel à la mobilité quotidienne de millions de Gabonais et pourtant, un métier presque intégralement occupé par des ressortissants étrangers, principalement ouest-africains.
Une réalité qui touche tout le secteur informel
Ce constat n’est pas isolé. Selon la Direction générale de la statistique, le secteur informel non encadré représente une perte annuelle estimée à 400 milliards de FCFA pour l’État gabonais. Une part importante de la petite économie de proximité entre réparation de téléphones, coiffure et soins esthétiques de rue, commerce ambulant, orpaillage artisanal, aujourd’hui en grande partie dominée par des ressortissants camerounais, maliens, guinéens et d’autres nationalités ouest-africaines, dans un contexte de chômage des jeunes gabonais dépassant les 20%.
La réponse musclée des autorités
Face à ce constat, le gouvernement gabonais a pris, en 2025, une mesure d’ampleur : interdire aux étrangers d’exercer plusieurs « petits métiers » sans enregistrement préalable. Toute personne non-gabonaise souhaitant exercer une activité commerciale de ce type doit désormais s’enregistrer auprès des autorités compétentes. L’objectif affiché : reprendre progressivement le contrôle de la petite économie nationale et prioriser l’emploi des jeunes Gabonais.
Une mesure qui ne fait pas l’unanimité
Cette décision a suscité des critiques, notamment au sein des communautés étrangères concernées. L’activiste camerounais Jorel Jacques Zang a dénoncé une forme de « xénophobie déguisée », estimant que rien n’empêchait auparavant les Gabonais eux-mêmes d’exercer ces métiers, et que le problème relevait davantage d’un manque de politique claire plutôt que d’une invasion étrangère. Un débat qui illustre la tension entre la légitime volonté d’un État de faire bénéficier ses propres citoyens des opportunités économiques de proximité, et le risque de stigmatisation de communautés immigrées installées parfois depuis des décennies. Car une simple interdiction risque de déplacer le problème sans le résoudre durablement.

Le vrai enjeu : la reconquête plutôt que l’exclusion
Au-delà de la polémique, la question posée par les vulcanisateurs et les autres petits métiers occupés par des étrangers renvoie à un défi plus profond : pourquoi ces métiers, souvent perçus comme peu valorisants, n’attirent-ils pas la jeunesse gabonaise malgré un taux de chômage élevé ? Sans réponse à cette question de fond. Et si on décidait aujourd’hui de former des gabonais, est ce que ce n’est pas l’image du métier, et les conditions de travail qui les rendraient retissant face à cette activité qui est une activité de proximité et dont l’utilité journalière se fait ressentir.
Marie Celine AKANDA
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