Le Conseil supérieur de la magistrature a tenu son audience disciplinaire le mardi 25 août 2026 à Libreville, examinant une dizaine de dossiers de magistrats accusés de manquements graves à leurs obligations professionnelles. Cette audience historique a abouti à la décision la plus lourde du corpus disciplinaire à l’encontre de l’un des membres les plus en vue de la magistrature gabonaise.
Une audience inédite pour dix dossiers graves
Plusieurs magistrats du siège et du parquet ont comparu devant le Conseil de discipline, dans une procédure portant sur de présumés manquements professionnels révélés par des plaintes de justiciables et par un rapport de l’Inspection générale des services judiciaires. Parmi les faits reprochés figurent notamment des maintiens de personnes en détention en dehors du cadre légal, des retards volontaires dans le traitement de dossiers et d’autres abus graves relevés par les inspecteurs. Le dispositif disciplinaire prévoit une gradation des sanctions allant du simple blâme à la révocation, en passant par l’exclusion temporaire, la rétrogradation ou la mise à la retraite d’office.
Eddy Narcisse Minang radié de la magistrature
Le nom qui a dominé les couloirs du Palais de justice le mardi est celui du Dr Eddy Narcisse Minang. Ancien Procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville et figure du procès des Bongo organisé à Libreville en novembre 2025, il a été radié de la magistrature en raison de plusieurs affaires de malversations et d’interférences judiciaires supposées. Son nom figurait à deux reprises sur le rôle officiel de cette audience. Selon plusieurs sources, il ne s’est pas présenté et aurait donc été frappé sans avoir été entendu.
Magistrat hors hiérarchie, docteur en droit de Paris-Panthéon-Assas, Eddy Narcisse Minang s’était imposé comme l’une des figures les plus remarquées de la magistrature gabonaise. Théâtral et intraitable dans ses réquisitoires, il avait requis vingt ans de réclusion criminelle pour détournement massif de fonds publics contre Sylvia et Noureddin Bongo. Sa suspension par le ministre de la Justice Augustin Emane, le 9 juin 2026, avait déjà provoqué une vive controverse dans les milieux juridiques.
Un recours possible dans un délai de 15 jours
Conformément aux articles 162 et 163 du statut des magistrats, Eddy Narcisse Minang dispose de 15 jours pour faire appel de cette décision devant le Conseil d’État. Les décisions deviendront exécutoires à l’expiration de ce délai ou après confirmation par l’instance suprême. Les propositions seront ensuite examinées et entérinées lors de la prochaine réunion du Conseil supérieur de la magistrature, placé sous la présidence du chef de l’État.
Un test de crédibilité pour la justice gabonaise
Au-delà des dossiers individuels, cette audience place une question centrale au cœur du débat public : comment restaurer l’autorité de la justice sans fragiliser l’indépendance de ceux qui la rendent ? Une interrogation d’autant plus cruciale que le Gabon est engagé dans une réforme profonde de ses institutions judiciaires, avec l’élaboration d’une loi de programmation quinquennale 2027-2032 actuellement en cours de finalisation.
Marie Celine AKANDA
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