Du 27 au 29 juillet 2026, une délégation gabonaise conduite par le vice-président du Gouvernement Hermann Immongault s’est rendue à Perth, en Australie-Occidentale, pour consolider le partenariat industriel autour du fer de Belinga au Gabon et s’imprégner du modèle minier de Fortescue, le géant australien piloté par Andrew Forrest.
La visite à Perth ne relève pas du simple protocole. Hermann Immongault a conduit une délégation gabonaise à l’invitation de Fortescue et de son président exécutif, le Dr Andrew Forrest, pour participer à un programme de diplomatie économique centré sur le projet de minerai de fer de Belinga. Le déplacement s’inscrivait en marge du Forum de Boao pour l’Asie, une plateforme réunissant des acteurs australiens et chinois des secteurs minier, énergétique et des industries vertes, offrant à Libreville une tribune pour défendre l’attractivité de son sous-sol.
Sur le terrain gabonais, le projet continue d’avancer à un rythme méthodique. Fortescue Belinga, anciennement Ivindo Iron SA, intensifie ses travaux d’exploration dans la province de l’Ogooué-Ivindo, avec des forages, des études géologiques et des analyses techniques destinés à confirmer le potentiel du gisement. Un bilan présenté début juillet 2026 a d’ailleurs rappelé l’ampleur des moyens déjà engagés : le 1er juillet 2026, Fortescue a présenté le bilan de ses trois premières années d’activité dans la province, avec plus de 250 milliards de FCFA investis, alors même que l’exploitation à proprement parler n’a pas encore démarré.
« We Train For Gabon » : le capital humain avant le minerai
Le temps fort du séjour à Perth reste incontestablement la cérémonie de remise des diplômes. Lancé en mars 2025, le programme « We Train For Gabon » forme 50 jeunes Gabonais au Gabon, en Afrique du Sud et en Australie, avec pour objectif de constituer une main-d’œuvre locale qualifiée avant même l’entrée en production du gisement.
Le parcours proposé aux bénéficiaires est particulièrement complet. Le programme combine anglais, leadership, formation HSE et technique, suivi d’un stage de douze mois sur les sites de Fortescue en Australie. Une immersion que les diplômés décrivent comme structurante à la fois professionnellement et humainement, à l’image du témoignage de Francine Grace Kibangou Matoussila, qui évoque une expérience formatrice sur les plans technique et personnel.
Cette approche traduit une inflexion stratégique assumée par les autorités gabonaises. À Belinga, le Gabon tente d’inverser la logique traditionnelle de l’extraction en plaçant la formation de sa jeunesse au cœur même de sa stratégie minière. Selon les commentateurs, une industrie minière moderne ne peut créer durablement de valeur que si les populations disposent des qualifications nécessaires pour occuper les fonctions les plus exigeantes. Un même mouvement avait déjà été amorcé quelques mois plus tôt avec un autre groupe de jeunes diplômés gabonais envoyés en formation, recrutés notamment via l’Université Omar Bongo et le Programme national de promotion de l’emploi.
S’inspirer du modèle industriel du Pilbara
Au-delà de la dimension symbolique, la visite australienne poursuit un objectif plus large : comprendre de l’intérieur comment fonctionne l’un des plus grands complexes miniers du monde. La délégation gabonaise entend consolider le partenariat stratégique avec Fortescue autour du projet de Belinga, entre rencontres économiques et participation au Forum de Boao, dans le but de faire de ce gisement un véritable levier de diversification économique.
Le profil du partenaire australien pèse dans cette dynamique. Andrew Forrest, surnommé « Twiggy », a construit Fortescue Metals Group à partir d’une exploration menée dans la région du Pilbara jusqu’à en faire l’un des trois premiers producteurs mondiaux de minerai de fer, derrière Rio Tinto, BHP et Vale. Un parcours qui, selon les autorités gabonaises, inspire confiance quant à la capacité du groupe à mener à bien un projet de cette envergure.
Le schéma industriel envisagé pour Belinga s’inspire directement de l’organisation intégrée observée en Australie. Les échanges entre les deux parties ont notamment porté sur la chaîne logistique complète reliant la mine au port, un dispositif présenté au chef de l’État gabonais fin 2025 et qui associerait le gisement, plusieurs centaines de kilomètres de voie ferrée, un port en eau profonde et un barrage hydroélectrique, sous la responsabilité de Fortescue.

Un gisement parmi les plus prometteurs d’Afrique
Le potentiel géologique de Belinga justifie l’ampleur des efforts déployés de part et d’autre. Découvert en 1955, le gisement de fer de Belinga est présenté comme l’un des plus grands réservoirs d’hématite à haute teneur non développés au monde. Situé dans la province de l’Ogooué-Ivindo, au nord-est du pays, il fait l’objet de débats sur son exploitation depuis plus de quinze ans, après le passage successif d’opérateurs chinois puis un premier partenariat esquissé avec Fortescue.
L’entrée en production reste progressive. Une première expédition de minerai de fer avait été réalisée début décembre 2023, moins d’un an après la signature d’une convention minière entre le gouvernement gabonais et Fortescue, en février 2023. À l’époque, le projet Belinga devait mobiliser au moins 200 millions de dollars d’investissements sur la période 2023-2024 et pouvait générer jusqu’à 5 000 emplois directs, selon les chiffres alors avancés par le ministère gabonais des Mines.
Depuis, l’implication locale n’a cessé de croître. Plus de 700 Gabonaises et Gabonais sont aujourd’hui directement impliqués dans le projet, contre plusieurs centaines lors des premières phases, un signe de la montée en puissance progressive du chantier avant l’exploitation à grande échelle.
Emploi local et contenu gabonais : un test pour la doctrine minière du pays
La question de l’emploi local demeure au centre des discussions entre Libreville et Fortescue. Le ministre des Mines et les représentants du groupe australien ont réaffirmé leur volonté de placer l’emploi des Gabonais et le contenu local au centre du développement du gisement, dans une logique de rupture avec les schémas d’extraction sans retombées structurantes pour les populations locales.
Ce discours s’accompagne d’engagements concrets de la part de l’opérateur australien, qui a dû par le passé répondre à des critiques sur la nature de son exploitation. Le groupe a notamment tenu à préciser la composition de ses équipes locales et la nature du minerai extrait, un gisement d’hématite à haute teneur ne contenant pas, selon ses explications, de pierres précieuses, contrairement à certaines rumeurs ayant circulé au sein des populations riveraines.
Ce que cette visite change pour l’avenir du projet
La séquence organisée à Perth fin juillet 2026 illustre la manière dont le Gabon tente de peser davantage dans la négociation d’un mégaprojet longtemps disputé entre opérateurs internationaux. En misant simultanément sur la diplomatie économique, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et l’observation directe des standards australiens, Libreville cherche à s’assurer que l’exploitation du fer de Belinga profite durablement à l’économie nationale, au-delà des seules retombées financières immédiates.
Reste à voir si cette dynamique se traduira, dans les mois à venir, par une accélération effective de l’entrée en production à grande échelle du gisement, ainsi que par la concrétisation des infrastructures logistiques indispensables de voie ferrée, port en eau profonde et capacités énergétiques, pour transformer Belinga en véritable pôle industriel gabonais.
Marie Celine AKANDA
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