Une page inédite de l’histoire politique marocaine s’est écrite au Palais royal de Rabat. Le roi Mohammed VI a désigné Fatima Ezzahra El Mansouri aux fonctions de cheffe du gouvernement, marquant la toute première accession d’une femme à la Primature du Royaume. Cette nomination fait suite au succès de son parti lors des récentes élections législatives.

Cette nomination au sommet de l’État vient consacrer une trajectoire publique exceptionnelle et précoce. En 2009, à l’âge de 33 ans seulement, Fatima Ezzahra El Mansouri marquait déjà les esprits en devenant la première femme élue à la tête du conseil municipal de Marrakech, poste stratégique qu’elle a de nouveau décroché lors des élections locales de 2021. Figure incontournable de la politique marocaine et membre fondatrice du PAM dès 2008, elle a également assuré les charges de ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville au sein du cabinet sortant dirigé par Aziz Akhannouch.
La tâche qui incombe à la nouvelle cheffe du gouvernement s’annonce particulièrement exigeante dans un contexte marqué par de fortes attentes populaires. Le récent scrutin législatif a enregistré une abstention élevée, avec une participation fixée à 38 %, traduisant la persistance d’une méfiance citoyenne face à la dégradation des conditions socio-économiques. Les priorités d’action de l’exécutif devront s’articuler autour de la création d’opportunités économiques pour la jeunesse, de la réduction des disparités territoriales et de la protection du pouvoir d’achat face aux pressions inflationnistes.

Afin de répondre à ce défi d’attractivité et de légitimité, la feuille de route défendue par Fatima Ezzahra El Mansouri fixe un cap économique particulièrement ambitieux : l’objectif de créer au moins un million d’emplois, le maintien d’un taux de croissance annuel moyen de 5 % et le contrôle de l’inflation autour de 2 %. Pour concrétiser ces engagements, elle devra bâtir un équilibre au sein du futur cabinet avec ses partenaires de coalition potentiels, notamment le Rassemblement national des indépendants (RNI, 66 sièges) et l’Istiqlal (65 sièges), alors que l’opposition menée par le Parti de la justice et du développement (PJD, 54 sièges) a déjà décliné toute participation à l’action gouvernementale.
Au-delà des équilibres politiques locaux, l’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement marocain résonne comme une avancée stratégique sur le plan régional et international. Elle renforce les réformes constitutionnelles et sociétales entreprises depuis plus de deux décennies par la monarchie marocaine en matière d’égalité de genre et d’autonomisation des femmes. Dans le cadre institutionnel définissant la répartition des compétences, Fatima Ezzahra El Mansouri pilotera l’action économique et sociale de la nation, tout en s’inscrivant en parfaite synergie avec les grandes orientations stratégiques de l’État définies sous l’autorité du Souverain.
Dorina MBA
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