La France renforce son contrôle sur Eramet : que fait le gouvernement gabonais pour défendre la souveraineté économique du Gabon ?

Dorina MBA
Exploitation du manganèse de Moanda au Gabon

La France entend renforcer sa position dans le secteur minier en augmentant sa participation au capital d’Eramet, maison mère de la Comilog, qui exploite le manganèse de Moanda. Pour Paris, cette opération répond à un objectif stratégique : sécuriser ses approvisionnements en minerais. Pour le Gabon, elle soulève une autre question : quelles garanties le gouvernement entend-il obtenir pour que cette évolution serve les intérêts des Gabonais ? Entre transformation locale des ressources, création d’emplois et retombées économiques, cette situation remet également en débat la promesse présidentielle de restauration de la dignité nationale.

 

Le projet d’augmentation de capital d’Eramet prévoit une contribution pouvant atteindre 330 millions d’euros de la part de l’État français. Si l’opération se déroule comme annoncé, Paris pourrait détenir 49 % du capital du groupe et en devenir le premier actionnaire. Cette décision intervient dans un contexte financier difficile pour l’entreprise, qui a enregistré une perte nette de 195 millions d’euros au premier semestre 2026. Le soutien public français vise notamment à consolider la situation financière du groupe et à préserver sa place dans l’industrie minière européenne. Cette stratégie répond aux intérêts industriels de Paris, mais elle pose la question de la place accordée aux priorités du Gabon dans les décisions concernant la Comilog. Si la France mobilise des fonds publics pour protéger ses approvisionnements en minerais, quelles mesures Libreville entend-il prendre pour défendre les intérêts économiques du pays ? La participation française dans Eramet ne signifie pas que la France devient propriétaire des ressources minières gabonaises, mais elle renforce son poids au sein du groupe qui contrôle la Comilog.

Avec environ 2 000 emplois directs et jusqu’à 10 000 emplois indirects, la Comilog occupe une place importante dans l’économie gabonaise. Ses activités contribuent également aux recettes fiscales et au financement de projets d’infrastructures. Pour les autorités, la question est de savoir comment accroître les bénéfices de cette exploitation pour les travailleurs et les populations. Le protocole d’accord signé durant l’été prévoit de développer la transformation locale du manganèse à l’horizon 2031. Sa concrétisation pourrait favoriser la création d’emplois industriels, le développement des compétences locales et une meilleure valorisation des ressources nationales. La modernisation du chemin de fer constitue également un sujet important pour faciliter le transport du minerai et améliorer la chaîne logistique. Le gouvernement gabonais dispose ainsi de plusieurs pistes pour discuter avec Eramet et ses actionnaires des investissements nécessaires, des engagements sociaux et des retombées économiques attendues. Encore faut-il que ces discussions débouchent sur des mesures précises, des financements identifiés et des résultats vérifiables.

La promesse présidentielle de restauration de la dignité nationale appelle des réponses concrètes sur la gestion des richesses du pays. La défense des intérêts des Gabonais ne peut se limiter à rappeler que les ressources minières se trouvent sur le territoire national : elle doit aussi se traduire par des recettes publiques, des emplois durables, des infrastructures adaptées et le développement d’activités industrielles locales. La montée de l’État français au capital d’Eramet invite donc le gouvernement à clarifier sa stratégie et les garanties qu’il souhaite obtenir pour le Gabon. Quelles dispositions seront prises pour que la transformation du manganèse profite davantage à l’économie nationale ? Quels engagements seront exigés concernant les infrastructures et les retombées sociales ? La capacité des autorités à apporter des réponses à ces questions permettra de mesurer les avancées réalisées au bénéfice des populations. Dans ce dossier, l’enjeu pour Libreville est de faire en sorte que les intérêts stratégiques français et ceux des Gabonais soient clairement pris en compte dans les décisions concernant l’exploitation des ressources nationales.

Dorina MBA

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