Gabon Economic Forum 2026 : le Gabon a décidé de passer des intentions à l’action

Line MINDZE
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À l’occasion de la deuxième édition du Gabon Economic Forum, organisée par la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), autorités publiques, dirigeants d’entreprises, économistes et investisseurs ont affiché une ambition commune : accélérer la transformation du modèle économique gabonais. Entre appels à l’exécution des réformes, plaidoyer pour une industrialisation accrue et volonté de renforcer le secteur privé, cette édition marque un tournant dans le dialogue entre l’État et les acteurs économiques.

Le Gabon face à l’urgence de transformer son modèle économique

Gabon

Le Gabon n’a plus le luxe d’attendre. Longtemps porté par ses ressources naturelles, son économie repose encore largement sur un modèle d’exportation de matières premières brutes. Un modèle qui a longtemps fonctionné, mais qui atteint aujourd’hui ses limites structurelles. Dans un monde où la valeur se crée désormais par la transformation, l’industrialisation et la maîtrise des chaînes logistiques, exporter sans transformer revient à céder une partie de sa croissance à d’autres économies. C’est dans ce contexte, que s’est tenu à Libreville le Gabon Economic Forum 2026, deuxième édition organisée par la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), autour du thème : « Des entreprises fortes pour une croissance durable et une prospérité partagée ». Au-delà du slogan, cette rencontre traduit une volonté claire : replacer le secteur privé au cœur de la stratégie de développement économique du Gabon.

Du diagnostic à l’exécution : un changement de paradigme

La première édition du forum avait permis de dresser un état des lieux de l’économie gabonaise : une forte dépendance aux matières premières, un tissu industriel encore limité et une intégration régionale insuffisante. Cette deuxième édition elle, marque un changement de cap. Un mot s’est imposé tout au long des échanges : exécution. Le message est partagé par les pouvoirs publics comme par les acteurs économiques : il ne s’agit plus seulement d’analyser les difficultés, mais de mettre en œuvre des solutions concrètes. Le Gabon Economic Forum s’affirme ainsi comme un espace de convergence stratégique entre l’État, le secteur privé et les experts.

L’État réaffirme son engagement aux côtés du secteur privé

En ouvrant les travaux, le Vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, a fixé le cap. Après avoir salué la nouvelle direction de la FEG, il a repris les trois priorités mises en avant par le secteur privé : confiance, compétitivité et prévisibilité. Selon lui, ces trois principes doivent désormais structurer la relation entre l’État et les entreprises. « Il est temps de passer à l’exécution, et chacun doit faire sa part, et l’Etat  continuera a faire sa part, pour créer un environnement des affaires qui soit attractif pour faire en sort que l’assainissement des finances publiques permette de régler à bonne date ce qui doit être réglé vis-à-vis des entreprises privées », a-t-il déclaré. À travers cette formule, le Gouvernement entend accélérer les réformes, améliorer le climat des affaires, poursuivre l’assainissement des finances publiques et honorer plus efficacement ses engagements envers les entreprises. Le Vice-président a également rappelé qu’aucune prospérité durable ne peut être envisagée sans un secteur privé dynamique, compétitif et créateur d’emplois.

La FEG appelle à passer des constats aux résultats

Le patronat gabonais partage la même ambition. Pour la Fédération des Entreprises du Gabon, le temps des diagnostics est désormais révolu. Les rapports économiques permettent d’identifier les problèmes, mais ils ne créent ni emplois, ni richesse.  « un diagnostic, aussi pertinent soit-il n’a de valeur que si il débouche sur des solutions concrètes, parce qu’un constat n’améliore pas la vie des populations, parce qu’un rapport ne créé pas d’emploi, parce qu’au bout du compte, ce qui compte ce sont les résultats » a déclaré M. Alain-Claude KOUAKOUA, Président de la FEG. La Fédération défend ainsi une nouvelle approche : faire des entreprises fortes le principal moteur de la croissance économique et de la prospérité partagée.

Le paradoxe commercial qui freine l’économie gabonaise

La leçon inaugurale du Pr Jean-Jacques Tony Ekomie a constitué l’un des temps forts du forum. L’universitaire a mis en évidence un paradoxe majeur : le Gabon importe 28,3 % de ses produits depuis le continent africain, mais n’y exporte que 8,9 % de ses marchandises. Autrement dit, le pays achète davantage à l’Afrique qu’il ne lui vend. Dans le même temps, la majorité des matières premières gabonaises continue d’être exportée vers l’Europe et l’Asie, où elles sont transformées avant de revenir sous forme de produits finis. Cette situation illustre la dépendance persistante du Gabon à une économie de rente.

Le défi de la transformation locale

Pour le Pr Ekomie, le véritable enjeu n’est pas seulement de produire davantage. Il est surtout de transformer localement les ressources nationales. Aujourd’hui, le Gabon exporte des matières premières qu’il pourrait valoriser sur son territoire, tout en important des produits manufacturés qu’il pourrait fabriquer lui-même. Cette faiblesse limite la création de valeur ajoutée, freine le développement industriel et réduit les perspectives de croissance des PME nationales.

La Zone Économique Spéciale de Nkok, un modèle à reproduire

Le professeur a néanmoins rappelé que le pays dispose déjà d’un exemple concret de réussite. La Zone Économique Spéciale de Nkok démontre que l’industrialisation est possible. Avec plus de 140 entreprises implantées, une soixantaine de secteurs d’activité et des investisseurs venus de plusieurs pays, elle constitue un laboratoire de la transformation industrielle au Gabon. Le défi consiste désormais à étendre ce modèle à l’ensemble du territoire.

Faire émerger des champions nationaux

Autre priorité identifiée : accompagner l’émergence de grandes entreprises gabonaises capables de produire, transformer et exporter. Selon les experts, cette ambition passe par quatre conditions essentielles :

  • Un cadre juridique stable ;
  • Un environnement fiscal lisible ;
  • Un meilleur accès au financement ;
  • Un accompagnement ciblé des entreprises stratégiques.

Sans ces leviers, la compétitivité restera difficile à atteindre.

La ZLECAF : une opportunité qui exige des réformes

L’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine ouvre de nouvelles perspectives. Mais cette opportunité ne pourra être pleinement exploitée que si plusieurs obstacles sont levés. Les infrastructures logistiques devront être modernisées, les procédures douanières digitalisées et les coûts de transport réduits afin de permettre aux entreprises gabonaises de mieux accéder aux marchés africains.

Compétitivité, confiance et climat des affaires au cœur des débats

Les panels ont permis de confronter ces analyses aux réalités du terrain. Les chefs d’entreprise ont insisté sur les difficultés liées au coût de production, aux infrastructures et à la logistique. Les experts financiers ont, quant à eux, rappelé que le principal levier d’attractivité reste la confiance. Confiance dans les règles, dans les délais et dans la stabilité du cadre économique. Car sans visibilité, les investissements de long terme demeurent limités.

Le véritable défi commence maintenant

Au terme de cette deuxième édition, une conviction s’est imposée. Le Gabon dispose désormais d’un diagnostic partagé, d’orientations stratégiques clairement définies et de solutions identifiées. Le véritable enjeu réside désormais dans leur mise en œuvre. Transformer les discours en politiques publiques. Transformer les politiques publiques en investissements. Transformer les investissements en industries. Et transformer les industries en emplois. Car une économie ne se transforme pas dans les salles de conférence. Elle se transforme dans l’action. C’est à cette capacité d’exécution que sera jugée, dans les années à venir, la portée réelle du Gabon Economic Forum 2026.

Line MINDZE

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