Eramet Comilog : le Gabon accélère la transformation locale du manganèse

Kendra Charlène NDAVOURA

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Le Gabon veut franchir une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources minières. À travers un protocole d’accord conclu entre l’État gabonais et Eramet Comilog, le pays entend progressivement passer d’un modèle principalement fondé sur l’extraction et l’exportation du manganèse à une organisation davantage tournée vers la transformation locale.

Cette orientation prévoit notamment la transformation de centaines de milliers de tonnes de minerai directement au Gabon. À terme, jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an pourraient être transformées localement d’ici fin 2031. Une évolution qui pourrait renforcer la place de l’industrie minière dans l’économie nationale et favoriser l’émergence de nouvelles activités autour de la filière.

Gabon

Le Complexe Métallurgique de Moanda au cœur de la stratégie

Le Complexe Métallurgique de Moanda (CMM) constitue l’un des principaux leviers de cette transformation. Les installations doivent faire l’objet d’un important programme de réfection et d’amélioration afin de permettre un redémarrage des équipements rénovés à l’horizon fin 2029.

L’objectif annoncé est d’atteindre une production annuelle de 70 000 tonnes d’alliages de manganèse. Pour le Gabon, cette orientation présente plusieurs avantages : elle permettrait d’accroître la valeur ajoutée créée sur le territoire, de développer davantage de compétences industrielles et de diversifier les activités liées au secteur minier.

La transformation locale pourrait également favoriser l’apparition de nouvelles opportunités pour les entreprises gabonaises intervenant dans la maintenance industrielle, le transport, la logistique, les services techniques et la sous-traitance.

Une nouvelle perspective avec la filière des batteries

La stratégie ne se limite pas aux alliages de manganèse. Un projet d’usine de production d’oxyde de manganèse près de Libreville est également à l’étude. Cette installation aurait vocation à fournir une matière destinée notamment à la filière mondiale et européenne des batteries.

Cette perspective ouvre un nouveau marché pour le manganèse gabonais, dans un contexte de développement des technologies liées au stockage de l’énergie et à la mobilité électrique. Pour le pays, l’enjeu consiste donc à mieux intégrer le manganèse dans des chaînes de valeur industrielles plus longues.

Cette évolution pourrait contribuer à renforcer les recettes économiques, créer de nouvelles activités industrielles et favoriser le développement de compétences spécialisées.

Le chemin de fer, un enjeu déterminant

La réussite de cette transformation dépend toutefois largement de la performance des infrastructures. Le Transgabonais, exploité par Setrag, occupe une position stratégique dans la chaîne minière. Le chemin de fer assure notamment l’acheminement du minerai depuis les zones de production vers les infrastructures portuaires.

Toute perturbation importante du trafic ferroviaire peut donc avoir des conséquences sur la production, les livraisons et les exportations. La modernisation et la fiabilisation du réseau ferroviaire apparaissent ainsi comme des conditions importantes pour accompagner l’augmentation des volumes transformés localement.

Des avantages économiques, mais aussi des défis

Le développement de la transformation locale du manganèse pourrait générer plusieurs bénéfices pour le Gabon. Parmi eux figurent la création d’emplois, le développement de compétences industrielles, l’augmentation de la valeur ajoutée produite localement et la diversification de l’économie.

Comilog reste par ailleurs un acteur majeur de l’emploi, avec plus de 10 000 emplois directs et indirects selon les données communiquées dans le cadre de cette stratégie, tout en poursuivant des actions de responsabilité sociétale.

Cependant, cette transformation comporte aussi des inconvénients et des risques. Les investissements nécessaires à la rénovation des installations et à la construction de nouvelles unités sont considérables. La rentabilité des projets dépendra également de l’évolution des cours du manganèse, de la demande mondiale et de la compétitivité des produits transformés.

La dépendance au Transgabonais constitue un autre point de vigilance. Une infrastructure ferroviaire insuffisamment fiable pourrait ralentir l’ensemble de la chaîne industrielle. Enfin, le développement de nouvelles activités minières et industrielles devra continuer à prendre en compte les enjeux environnementaux, notamment la gestion des déchets, la consommation d’énergie et la préservation des écosystèmes.

Avec cette nouvelle orientation, Eramet Comilog et les autorités gabonaises cherchent donc à faire évoluer la filière du manganèse vers davantage de transformation locale. La réussite de cette ambition dépendra autant des investissements industriels que de la fiabilité des infrastructures, des compétences disponibles et de la capacité du Gabon à développer un véritable tissu industriel autour de sa ressource.

Kendra Charlène NDAVOURA

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