L’ambiance était électrique ce mercredi 20 mai 2026 au siège de La Poste S.A., à Libreville. Réunis pour un point de presse, des agents du Syndicat national de la Poste (Synaposte) sont venus dénoncer une situation intenable : quatre mois de salaires impayés, des conditions de travail dégradées et un blocage administratif incompréhensible. Mais la conférence de presse a viré à l’affrontement quand des gardes de la société Fox Fort ont fait irruption, accompagnés de chiens d’attaque non muselés, lâchés sur les employés. Un agent a été mordu. Le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, est intervenu en personne pour calmer les esprits et a promis que les responsables rendraient compte de leurs actes devant la justice.

Quatre mois sans salaire : la détresse des agents
Depuis plusieurs mois, les employés de La Poste S.A. vivent un calvaire. Les salaires ne tombent plus. Selon les syndicalistes, quatre mois d’arriérés se sont accumulés, plongeant les ménages dans une précarité extrême. « Nous avons quatre mois de salaires impayés, en plus des mauvaises conditions de travail que nous subissons depuis longtemps. Nous en avons assez », a déclaré une gréviste. Au-delà des salaires, les agents dénoncent des locaux insalubres, des normes de sécurité non respectées, et des outils de travail obsolètes. Le Centre national des tris postaux comme le Centre philatélique sont dans un état de délabrement avancé.
Des chiens d’attaque lâchés sur les syndicalistes
Le point de presse de ce mercredi devait permettre aux agents d’expliquer leur détresse aux journalistes. Mais la rencontre a brutalement viré à l’affrontement. Alors que les échanges se déroulaient dans le calme, des agents de la société de sécurité privée Fox Fort ont fait irruption, accompagnés de chiens de garde non muselés. Selon les témoins, les vigiles ont tenté de déplacer de force le mobilier et d’interrompre la conférence. Dans la confusion, un agent de La Poste a été mordu par l’un des molosses. Heureusement, ses blessures ne sont pas graves, mais l’acte a suscité une vive indignation parmi les salariés présents. Interrogé sur les raisons de cette intervention, le responsable de l’équipe de sécurité a affirmé qu’il avait été envoyé pour « assurer la sécurité », sans révéler l’identité du donneur d’ordre.

Le ministre intervient et promet des poursuites judiciaires
Alerté en urgence, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, s’est rendu sur place pour calmer la situation. Il a d’abord rappelé aux agents que la question des salaires ne relevait pas de son seul arbitrage : « Les salaires ne dépendent pas du ministre. Mon rôle, c’est d’engager les démarches, et je l’ai fait. D’autres services interviennent dans le paiement des salaires. Ils ont été saisis et nous sommes en attente des retours », a-t-il expliqué. Mais sur l’irruption violente des chiens d’attaque, le ministre a été beaucoup plus ferme. Il a assuré que les responsabilités seront pleinement établies et que les auteurs de cette agression répondront de leurs actes devant la justice. Cette crise n’est que le dernier épisode d’une longue dégradation. Depuis plus de dix ans, La Poste gabonaise s’enfonce dans une crise structurelle : équipements obsolètes, baisse des activités traditionnelles face au numérique, et accumulation des dettes.
Le 11 mai 2026, le ministre avait déjà reçu le collectif des agents pour annoncer la mise en œuvre d’un contrat de performance de six mois, destiné à évaluer les capacités de redressement de l’entreprise. « La Poste ne peut plus faire comme avant. Il faut tenir compte du numérique parce que beaucoup d’activités ont pris un coup à cause du numérique. La boîte postale, le colis, ça se fait maintenant en ligne. Il faut regarder les activités novatrices de substitution », avait-il expliqué. Le gouvernement prévoit également de refondre la loi régissant La Poste et de nommer une équipe dirigeante désormais sommée de rendre des comptes. La Poste gabonaise est aujourd’hui à un tournant. Entre salaires impayés, blocage administratif et violences inadmissibles sur les syndicalistes, l’institution publique semble au bord de l’effondrement.
Les agents, eux, ne lâcheront rien. Le Synaposte a déjà menacé de paralyser totalement l’activité si la nouvelle direction n’est pas installée dans les meilleurs délais. Le gouvernement, désormais mis en demeure, devra arbitrer ce bras de fer et débloquer les fonds d’urgence. Rendez-vous dans les prochains jours pour savoir si la raison et la justice prévau.
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MABITI ONASIA


