CEAG : Pourquoi la centrale d’achat peine encore à remplir sa mission: entre appel à partenaires et recul de la vie chère, le flou persiste

ONASIA MABITI

Créée pour casser les prix et soulager le pouvoir d’achat des Gabonais, la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) devait être la solution durable contre la vie chère. Mais en ce mois de mai 2026, au lieu de voir les commerçants se presser à ses guichets, fort est de constater que l’institution lance un appel à manifestation d’intérêt pour trouver des partenaires. Un paradoxe qui interroge : la CEAG est-elle vraiment prête à jouer son rôle de régulateur des prix ?

centrale d'achat

Pourquoi la CEAG a été créée

La Centrale d’Achat du Gabon a été instituée par les nouvelles autorités de la Transition pour répondre à un problème chronique : le coût élevé de la vie. Le mécanisme est simple : l’État achète des produits de première nécessité en très grande quantité (directement auprès de producteurs ou de grossistes internationaux), ce qui permet de les obtenir à des prix très bas. Ces marchandises sont ensuite revendues aux commerçants locaux (grossistes, demi-grossistes, détaillants) à des prix planchers. Théoriquement, cette baisse sur le coût d’achat doit se répercuter sur le prix final en boutique, soulageant ainsi le consommateur gabonais.

Dans le scénario rêvé par les Gabonais, la CEAG serait aujourd’hui un gigantesque entrepôt approvisionné en continu, où les commerçants de tous les quartiers de Libreville et des provinces viendraient se ravitailler plusieurs fois par semaine. Les prix y seraient si bas que les revendeurs n’auraient aucune excuse pour maintenir des marges excessives dans leurs boutiques. La concurrence jouerait alors son rôle, et le coût de la vie reculerait mécaniquement, sans même avoir besoin de contrôles répressifs constants. C’était le contrat. Et là il n’est pas rempli.

Le paradoxe actuel : on cherche encore des fournisseurs

Or, que constate-t-on en ce mois de mai 2026 ? Au lieu de gérer des flux d’approvisionnement entrants massifs, la CEAG a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour sélectionner des partenaires économiques stratégiques dans trois domaines : importation, distribution et logistique . L’institution semble encore en phase de constitution de son réseau de fournisseurs, comme si elle n’avait pas encore bouclé les contrats qui auraient dû la faire tourner à plein régime dès son lancement.
Le paradoxe est frappant : on est en train d’inviter des partenaires à frapper à la porte de la CEAG, alors qu’on aurait dû voir des commerçants faire la queue pour acheter des produits à bas prix. La logique semble inversée.

Ce flou dans le modèle opérationnel de la CEAG a des conséquences très concrètes sur le portefeuille des ménages :
– Les commerçants n’ont pas de visibilité sur leurs stocks et leurs prix d’achat futurs.
– Ils continuent donc à s’approvisionner via les circuits traditionnels, souvent plus chers (importateurs privés, marchés parallèles).
– La marge qu’ils auraient pu céder si leur coût d’achat avait baissé reste intacte.
– Le consommateur, lui, ne voit aucun changement favorable dans son ticket de caisse bien au contraire.
La vie chère ne recule pas parce que la rupture de stock de la CEAG n’a pas été évitée avant même que le système ne fonctionne à plein.

Un retard dommageable pour le pouvoir d’achat

Ce retard dans la mise en route opérationnelle de la CEAG est d’autant plus regrettable que la population attend désespérément des signes concrets de la baisse des prix. Les Gabonais subissent des fins de mois difficiles, des augmentations intempestives sur certains produits (pain, transport, carburant) et une inflation qui n’a que très faiblement reculé.
L’outil CEAG existe institutionnellement. Il lui manque encore son carburant : des partenaires fiables, des approvisionnements continus et des commerçants qui viennent s’y servir. Tant que cette chaîne ne sera pas fluide, l’impact sur la vie quotidienne restera nul.

La CEAG a été pensée comme une arme de guerre contre la vie chère. Mais pour l’instant, elle ressemble davantage à un canon qu’on n’a pas encore chargé. Les commerçants ne viennent pas s’y ravitailler, juste la population qui est invité à le faire dans des zones dans divers quartiers une fois en passant parce que l’approvisionnement n’est pas fluide et que les prix ne sont pas encore cassés. Ce n’est pas une raison pour désespérer, mais pour interpeller. Il est urgent que la centrale d’achat passe de la phase administrative à la phase opérationnelle. Les Gabonais ne peuvent plus attendre. Ils ont besoin que la CEAG devienne ce qu’elle promettait : la solution durable à la vie chère, et non un énième dossier qui traîne.
Le contrat est clair. Il est temps de le remplir.

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MARIE-CELINE AKANDA

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