Îles Mbanié : l’Union africaine s’invite dans l’après-verdict pour éviter une nouvelle fracture

Lauraine

Dix mois après la décision de la Cour internationale de justice attribuant les îles Mbanié, Conga et Cocoteros à la Guinée équatoriale, l’Union africaine franchit une nouvelle étape. En nommant un envoyé spécial, elle entend encadrer une mise en œuvre apaisée entre Malabo et Gabon, sur fond d’enjeux géopolitiques majeurs.

L’Union africaine franchit une nouvelle étape dans le règlement du différend frontalier opposant le Gabon à la Guinée équatoriale. Le 25 mars 2026, le président de sa Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a nommé le diplomate burundais Albert Shingiro en qualité d’envoyé spécial. Sa mission est d’accompagner les deux États dans la mise en œuvre de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de justice, qui a tranché en faveur de Malabo dans le litige portant sur les îles Mbanié, Conga et Cocoteros.

Ce différend, ancien de plusieurs décennies, concernait une zone stratégique du golfe de Guinée, à forts enjeux géopolitiques et énergétiques. En s’appuyant sur des titres hérités de la colonisation espagnole, la juridiction internationale a reconnu la souveraineté de la Guinée équatoriale. Les arguments du Gabon, notamment fondés sur un accord de 1974, n’ont pas été retenus, mettant juridiquement fin au contentieux tout en ouvrant une phase délicate : celle de son application concrète.

Conscients des risques d’escalade dans une région sensible, Libreville et Malabo ont opté pour la voie du dialogue. Cette volonté a été réaffirmée lors d’une réunion tenue le 14 février 2026 sous l’égide de l’Union africaine, au cours de laquelle les deux parties se sont engagées à privilégier une mise en œuvre concertée et apaisée de la décision.

En désignant un envoyé spécial, l’Union africaine entend jouer pleinement son rôle de facilitateur. Chargé de mener des consultations bilatérales, Albert Shingiro devra œuvrer à rapprocher les positions et à définir les modalités pratiques d’application de l’arrêt, dans le respect du droit international et des principes de l’organisation panafricaine. Mahmoud Ali Youssouf a d’ailleurs exprimé sa confiance dans l’expérience du diplomate pour conduire ce processus sensible.

Au-delà de l’aspect juridique, l’enjeu est désormais politique et régional. La capacité du Gabon et de la Guinée équatoriale à préserver leurs relations de bon voisinage sera déterminante, tout comme la crédibilité des mécanismes africains de prévention et de résolution des conflits. L’après-verdict s’impose ainsi comme une séquence décisive, où il s’agit de transformer un contentieux historique en opportunité de coopération durable.

REVE NGOUL-ALY

Share This Article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *