Près de deux ans après la révélation d’un vaste système de détournement des tickets d’électricité, l’absence de conclusions judiciaires visibles continue d’alimenter doutes et interrogations au Gabon.

En août 2024, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon mettait au jour une fraude d’une ampleur inédite liée aux tickets d’électricité prépayés EDAN. L’entreprise évoquait alors l’existence d’un réseau parallèle capable de produire illégalement des codes, privant la société de ressources financières considérables.
Selon les éléments communiqués à l’époque, des dispositifs informatiques clandestins auraient été installés en marge du système officiel. Ces infrastructures permettaient de générer des unités d’électricité revendues ensuite à des clients, en dehors de tout circuit légal. L’affaire avait immédiatement pris une dimension nationale, tant les pertes évoquées se chiffraient en milliards de francs CFA. Dans la foulée, des procédures judiciaires avaient été engagées. Des plaintes visant des auteurs inconnus avaient été déposées pour des faits allant du détournement à la cybercriminalité. Plusieurs employés et acteurs liés au secteur avaient été auditionnés par les services d’enquête, notamment la Direction générale des recherches.
Mais aujourd’hui, le dossier semble s’être enlisé dans une zone d’ombre. Aucun procès marquant n’a émergé publiquement, et aucune responsabilité clairement établie n’a été portée à la connaissance de l’opinion. Les principaux suspects, s’ils existent, n’ont jamais été officiellement identifiés. En parallèle, la gestion de cette crise paraît avoir évolué vers une approche plus technique que judiciaire. Des mesures auraient été prises pour renforcer la sécurité des systèmes, revoir certains mécanismes internes et limiter les failles exploitées par les fraudeurs. Toutefois, ces ajustements n’apportent pas de réponses aux attentes de transparence exprimées par de nombreux observateurs.
Cette situation soulève une question centrale : comment une fraude d’une telle ampleur peut-elle rester sans suite judiciaire visible ? Entre discrétion des enquêtes, complexité des circuits numériques et enjeux économiques, l’affaire EDAN illustre les difficultés à faire toute la lumière sur des réseaux mêlant technologie et intérêts financiers. Aujourd’hui encore, le dossier reste ouvert dans l’esprit du public. Et tant que les responsabilités ne seront pas clairement établies, ce scandale continuera de symboliser les défis du Gabon en matière de gouvernance, de contrôle et de lutte contre la fraude dans des secteurs stratégiques.
MABITI ONAISA.
