Une activiste gabonaise a été placée en détention à la prison centrale de Libreville après la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations accusant la chanteuse Nicole Amogho , d’être impliqués dans une prétendue vidéo intime avec un diplomate en poste en France . L’affaire intervient dans un contexte marqué par la suspension des réseaux sociaux décidée par la Haute autorité de la communication pour lutter contre les contenus jugés diffamatoires.

L’affaire illustre les tensions croissantes autour de l’usage des réseaux sociaux au Gabon. Depuis mercredi, Hymelda Ornella Toung Eyi, connue dans certains cercles numériques sous le surnom de « la Matrice des audios », est détenue à la prison centrale de Libreville dans le cadre d’une procédure pour diffamation présumée.
La jeune femme est accusée d’avoir relayé sur Internet des allégations impliquant la chanteuse Nicole Amogho et son époux, diplomate gabonais en fonction en France. Au cœur de ces accusations : l’existence supposée d’une vidéo intime qui aurait circulé en ligne.
Ces publications, rapidement relayées sur les plateformes numériques avant la suspension partielle des réseaux sociaux dans le pays, ont suscité une vive réaction des personnes mises en cause. Les deux époux ont décidé de saisir la justice afin d’obtenir des explications et d’identifier l’origine de ces accusations.
Présentée mercredi 4 mars devant un juge d’instruction, Hymelda Ornella Toung Eyi aurait rencontré des difficultés à produire les preuves qu’elle affirmait pourtant détenir. Selon des éléments rapportés dans la presse, l’activiste aurait fini par reconnaître, au cours de l’instruction, ne jamais avoir vu la vidéo qu’elle évoquait dans ses publications.
« Je n’ai jamais vu la fameuse vidéo pornographique impliquant Nicole Amogho et l’ambassadeur », aurait-elle déclaré lors de son audition.
Avant sa présentation devant la justice, la suspecte avait déjà passé plusieurs jours en garde à vue à la Direction générale des recherches (DGR), une mesure qui aurait été prolongée de dix jours dans le cadre des investigations.
Dans cette affaire, un autre individu identifié sous le nom de « Lenkoulou » avait également été interpellé. Il a toutefois été remis en liberté et devra comparaître le 11 mars prochain devant le tribunal de première instance de Libreville, date à laquelle le dossier devrait être examiné.
Au-delà de cette procédure judiciaire, l’affaire intervient dans un contexte particulier. Ces dernières semaines, la Haute autorité de la communication (HAC) a décidé de suspendre temporairement l’accès aux réseaux sociaux dans le pays, invoquant la nécessité de lutter contre la diffusion de contenus jugés diffamatoires, haineux ou susceptibles de troubler l’ordre public.
Pour certains observateurs, cette affaire constitue un exemple concret des dérives que peuvent engendrer certaines publications numériques lorsqu’elles ne reposent sur aucune vérification préalable.
Elle rappelle surtout que, dans l’espace numérique comme ailleurs, la parole publique peut désormais avoir des conséquences judiciaires bien réelles.
REVE NGOUL-ALY
