CEMAC : face aux impayés des États, le Parlement exige enfin l’application des sanctions

Lauraine

Réuni le 2 mars à Malabo, le Parlement de la CEMAC hausse le ton face aux États membres qui tardent à reverser la Taxe communautaire d’intégration. Avec plus de 263 milliards de Fcfa d’arriérés, l’institution communautaire traverse une crise financière inédite. Les parlementaires demandent désormais l’activation des mécanismes de sanctions prévus par le traité.

La patience semble avoir atteint ses limites au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Réuni le 2 mars à Malabo, en Guinée équatoriale, le Parlement communautaire a adopté à l’unanimité une résolution ferme demandant l’application effective des articles 51 et 52 du Traité révisé de l’organisation. Un signal politique fort adressé aux États membres accusés de ne pas honorer leurs obligations financières.

Au cœur de la crise : la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principal mécanisme de financement de la CEMAC. Selon le rapport 2025, la situation est préoccupante. Sur les 51,9 milliards de Fcfa attendus, seuls 31 milliards ont été effectivement recouvrés, soit un taux d’exécution de 59,9 %. Un chiffre très éloigné du potentiel annuel estimé à 118,6 milliards de Fcfa.

Résultat : l’institution accumule désormais plus de 263 milliards de Fcfa d’arriérés non reversés par les États membres. Une situation si critique que le président de la Commission, Baltazar Engonga Edjo’o, avait déjà pris une mesure exceptionnelle le 5 février dernier : la suspension de certaines activités jugées non stratégiques, une première dans l’histoire de l’organisation.

La répartition des dettes met en lumière l’ampleur du problème. La République démocratique du Congo arrive en tête avec 61,8 milliards de Fcfa, soit 23,4 % des arriérés. Elle est suivie du Cameroun avec 59,9 milliards (22,7 %), du Congo avec 52,2 milliards (19,8 %), du Tchad avec 49,1 milliards (18,6 %) et de la Guinée équatoriale avec 34,1 milliards de Fcfa (12,9 %).

Face à cette dérive budgétaire, le Parlement, réunis sous la direction de Alexandre Awassi Alexandre Awassi, demande désormais d’activer les mécanismes juridiques prévus par le traité. L’article 51 autorise en effet un prélèvement automatique sur le compte ordinaire des États auprès de la BEAC, si un pays ne respecte pas ses obligations de versement.

L’article 52 prévoit des sanctions encore plus lourdes. Un an après l’expiration du délai de paiement, un État défaillant perd son droit de vote au sein des institutions communautaires. Six mois plus tard, il peut être exclu des activités de la Communauté et privé des avantages liés à l’intégration régionale.

Pour de nombreux observateurs, cette résolution marque la volonté de rompre avec une culture de tolérance financière qui fragilise la crédibilité de l’organisation depuis plusieurs années.

Reste toutefois l’épreuve des faits. Car si la Commission de la CEMAC hésite à activer le mécanisme de prélèvement automatique, la résolution du 2 mars pourrait n’être qu’un avertissement sans conséquence.

Le véritable test de crédibilité de l’institution se joue désormais entre les mains de son président, Baltazar Engonga Edjo’o.

REVE NGOUL-ALY

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