En réservant désormais le commerce de détail aux nationaux, aux ressortissants de l’AES et aux Africains pratiquant la réciprocité, le Burkina Faso affirme un tournant souverainiste assumé. Une orientation qui fait écho à la décision similaire prise par le Gabon en 2025, et qui redessine les équilibres du commerce intérieur en Afrique.

Le Burkina Faso vient de franchir un cap stratégique dans l’organisation de son économie intérieure. Par décret adopté le 12 février en Conseil des ministres, les autorités ont décidé de réserver l’exercice du commerce de détail aux seuls nationaux, aux ressortissants de la Confédération des États du Sahel (AES) et, par principe de réciprocité, aux citoyens africains dont les pays accordent les mêmes droits aux Burkinabè.
Derrière cette réforme réglementaire se dessine une ambition claire : reprendre le contrôle du marché intérieur. Le gouvernement assume une logique de protection des acteurs nationaux, de régulation plus stricte des circuits de distribution et de renforcement de la souveraineté alimentaire. Le commerce de proximité, longtemps dominé par des réseaux mieux structurés et disposant de capacités financières supérieures, est désormais placé au cœur d’une stratégie de rééquilibrage.
Un second décret vient compléter le dispositif en interdisant les achats dits « bord champ » par des ressortissants étrangers. L’objectif est double : protéger les producteurs agro-sylvo-pastoraux et mieux structurer les circuits de commercialisation. Dans un contexte sahélien marqué par l’insécurité et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, le contrôle des flux agricoles devient un enjeu stratégique central.
Pour Ouagadougou, il s’agit d’assainir le marché, de garantir une concurrence jugée plus loyale et de préserver les emplois liés aux filières agricoles et commerciales. Cette orientation s’inscrit dans la dynamique politique impulsée par l’Alliance des États du Sahel, qui promeut une intégration régionale resserrée et une meilleure captation de la valeur au sein de l’espace sahélien.
La mesure introduit toutefois une ouverture conditionnelle : les pays africains pratiquant la réciprocité pourront continuer à exercer ces activités. Une manière d’affirmer une souveraineté économique sans rompre totalement avec la coopération continentale.
Cette décision n’est pas isolée. En août 2025, le Gabon avait adopté une mesure comparable en réservant certains métiers à faible capital aux ressortissants nationaux. À travers ces réformes, se dessine une tendance plus large sur le continent : celle d’États cherchant à consolider leurs bases économiques internes face aux pressions concurrentielles extérieures.
Le calendrier d’application des nouveaux textes burkinabè n’a pas encore été précisé. Mais le signal est clair : dans un environnement régional incertain, la maîtrise du commerce intérieur devient un instrument de souveraineté économique.
REVE NGOUL-ALY
