Gabon : 105 milliards de FCFA en jeu derrière les 13 000 agents fantômes.

Davilla AKANG

La Banque mondiale estime à 105 milliards de FCFA les économies que le Gabon pourrait réaliser en corrigeant les irrégularités dans le fichier de ses agents publics. Fondée sur une estimation de 13 000 travailleurs dits « fantômes », cette projection souligne l’importance d’un meilleur contrôle des effectifs et des rémunérations de l’État.

banque mondiale

La maîtrise des dépenses de personnel constitue un enjeu important pour les finances publiques du Gabon. Dans son rapport sur la situation budgétaire du pays, la Banque mondiale souligne le potentiel d’économies lié à un contrôle plus rigoureux du fichier des agents de l’État. Son analyse s’appuie notamment sur les résultats d’un recensement récent, qui fait état d’environ 13 000 agents présumés irréguliers.

À la page 54 de son rapport, la Banque mondiale estime à 105 milliards de francs CFA les économies potentielles que le Gabon pourrait réaliser en éliminant les irrégularités recensées dans son fichier de paie. Cette projection repose sur les dépenses salariales associées aux effectifs concernés, dans l’hypothèse où ces anomalies seraient effectivement corrigées. Il ne s’agit toutefois ni d’une somme déjà récupérée par le Trésor public ni d’un montant dont le caractère indu aurait été confirmé individuellement par un audit.

Au-delà du chiffre avancé, la question centrale reste celle de la fiabilité du fichier de paie de l’État. La présence d’agents qualifiés de « fantômes » soulève des interrogations sur la réalité des effectifs rémunérés, la validité des affectations administratives et l’exécution effective des missions confiées aux personnels publics.

Toutefois, les éléments présentés dans le rapport ne précisent ni le nombre de situations déjà régularisées ni celui des dossiers encore en cours d’examen. Ils ne permettent pas davantage de connaître le montant des rémunérations dont le versement aurait été suspendu à la suite des contrôles. L’écart entre les économies envisagées et les résultats effectivement obtenus reste donc à établir.

Pour améliorer la situation, la Banque mondiale recommande de renforcer les vérifications de présence et d’organiser des audits réguliers des effectifs. Le recensement réalisé en 2024 constitue, à cet égard, un point d’appui pour rapprocher les données administratives des informations relatives aux postes occupés et aux salaires versés.

L’institution préconise également la mise en place d’un système intégré de gestion des ressources humaines de l’État. En reliant les données du personnel aux systèmes budgétaires et de trésorerie, cet outil permettrait de mieux contrôler les rémunérations et de limiter les incohérences entre les différentes bases administratives. L’attribution d’un identifiant unique à chaque agent, associé à des données personnelles et biométriques, contribuerait à sécuriser davantage le dispositif.

Pour la Banque mondiale, la fiabilisation de la paie ne peut se limiter à la suppression des dossiers irréguliers. Elle suppose une transformation plus large de la gestion administrative des fonctionnaires et des autres agents publics. L’institution recommande ainsi de numériser les différentes étapes de leur carrière, depuis le recrutement jusqu’au départ à la retraite, en intégrant notamment le suivi des performances.

Selon la Banque mondiale, la modernisation de la gestion des ressources humaines permettrait de mieux suivre les décisions administratives, d’accélérer le traitement des dossiers et de contrôler plus efficacement les dépenses salariales. Elle aiderait également l’État à anticiper ses besoins en personnel et à affecter les agents en fonction des priorités de l’administration.

La question des recrutements occupe aussi une place importante dans les recommandations. La Banque mondiale encourage une politique plus sélective, privilégiant les services sociaux essentiels, ainsi qu’une meilleure gestion des départs dans les secteurs considérés comme moins prioritaires. Cette orientation doit permettre de réaffecter progressivement les ressources humaines et financières vers les domaines où les besoins des populations sont les plus importants.

Les 105 milliards de FCFA évoqués dans le rapport représentent ainsi un potentiel d’économies dont la concrétisation dépendra des mesures effectivement appliquées. Pour en apprécier la portée, les autorités devront pouvoir présenter des résultats documentés : dossiers régularisés, rémunérations indûment versées éventuellement identifiées, paiements interrompus et économies réellement constatées. La transparence de ce bilan permettra de mesurer les progrès accomplis dans l’assainissement de la paie publique au Gabon.

 

Davilla AKANG

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