L’État gabonais concède un manque à gagner massif sur le marché international en cédant ses matières premières à des prix nettement inférieurs à leur potentiel réel. C’est le constat alarmant révélé ce vendredi 2 octobre 2026 à Libreville par les rapports des institutions financières internationales. Qu’il s’agisse du pétrole, du manganèse ou du bois précieux, le pays échoue à capter la juste valeur de ses exportations en raison de contrats d’exploitation défavorables et d’un manque de transformation locale. Cette braderie des ressources naturelles prive ainsi les caisses publiques de milliards de FCFA essentiels au financement du développement national.

Pourtant, le Gabon ne joue pas dans la catégorie des figurants. Quatrième producteur de brut en Afrique subsaharienne, deuxième producteur mondial de manganèse et acteur majeur du bois d’œuvre, le pays dispose d’un poids stratégique considérable. Et pourtant, pour chaque baril extrait ou chaque tonne de minerai expédiée, le Trésor public gabonais perçoit proportionnellement moins de recettes que plusieurs de ses voisins d’Afrique centrale. À l’origine de ce déséquilibre réside le « potentiel fiscal non exploité » : une grande partie des gisements et des forêts reste exploitée sous le régime d’accords anciens ficelés à l’avantage des grands groupes internationaux. Exonérations à rallonge, niches fiscales et mécanismes d’optimisation permettent aux multinationales de rapatrier l’essentiel de la valeur ajoutée, laissant à Libreville une part résiduelle bien en deçà des normes du marché.
Ce manque à gagner n’est pas qu’un débat de chiffres : ce sont des hôpitaux non construits, des écoles sous-équipées et des infrastructures routières en souffrance. Face à cette réalité qui bride l’essor économique de la cinquième République, la pression monte pour imposer une révision systématique des partenariats stratégiques. Pour que l’économie nationale tire enfin profit de son sous-sol, la réorganisation du cadre contractuel et l’imposition d’une transformation industrielle sur le sol national apparaissent désormais comme un impératif de souveraineté.
Pour inverser la tendance, le défi repose désormais sur la volonté politique d’engager des audits stricts et de renégocier sans complexe ces conventions d’exploitation. Alors que le pays s’engage dans une phase clé de sa restructuration économique, transformer ces alertes en actions concrètes n’est plus une option, mais une urgence vitale. Seule une répartition équitable des revenus tirés du pétrole, du manganèse et du bois permettra de garantir que l’immense richesse du sous-sol gabonais serve enfin de levier durable au bien-être de ses populations.
Dorina MBA
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