C’est le mantra répété sur tous les plateaux de télévision et dans les discours officiels : « Ne cherchez pas un emploi, créez-le ! ». Mais derrière cette injonction faite à la jeunesse gabonaise se cache une réalité amère. Comment encourager les jeunes à se lancer dans l’arène entrepreneuriale quand les règles du jeu semblent truquées en faveur d’une élite connectée ?

Le jeune diplômé qui se lance entend partout qu’il doit être audacieux. Il monte son business plan, cherche des financements, et tente de répondre à des appels d’offres. Mais il se heurte rapidement à un mur invisible : la distorsion de concurrence.
Face à lui, il ne trouve pas seulement des entreprises établies, mais des « sociétés écrans » ou des structures montées de toutes pièces par des proches du pouvoir pour capter un marché spécifique. Une fois le marché exécuté (souvent sous-traité à des tiers), la structure disparaît ou se met en veille. Pour le jeune entrepreneur qui, lui, veut bâtir une entreprise pérenne, payer des impôts et créer des emplois, ce système est profondément décourageant.
Ce paradoxe crée une fracture sociale. D’un côté, une classe politique et économique qui s’enrichit via la redistribution de la rente de l’État. De l’autre, une jeunesse à qui l’on demande de s’extraire de la pauvreté par le seul effort individuel, sans filet de sécurité ni accès équitable aux marchés.
Cette hypocrisie structurelle nourrit le cynisme et pousse les meilleurs talents vers l’exil ou la débrouillardise informelle, privant le pays d’une classe moyenne entrepreneuriale robuste.
Pour la rédaction de M+ Africa, on ne peut pas demander à la jeunesse de courir un marathon avec des boulets aux pieds, pendant que d’autres prennent la voiture. Si l’État veut vraiment que la jeunesse entreprenne, il doit d’abord assainir le terrain de jeu. Car, la méritocratie économique doit cesser d’être un slogan pour devenir une pratique vérifiable, notamment par la transparence totale sur les bénéficiaires réels des marchés publics.


