Longtemps considérés comme des secteurs essentiellement culturels, le cinéma, la télévision, les plateformes numériques et les contenus audiovisuels sont désormais perçus comme des moteurs de croissance économique. À travers une nouvelle stratégie présentée par l’Union africaine, le continent ambitionne de bâtir une industrie audiovisuelle évaluée à près de 20 milliards de dollars. Une ambition qui dépasse largement le cadre artistique et interroge la capacité de l’Afrique à créer davantage de richesse à partir de ses propres récits.

La culture, un levier économique encore sous-exploité
L’Afrique possède l’une des jeunesses les plus créatives au monde. Cinéma, musique, animation, séries, documentaires, création numérique : les talents ne manquent pas. Pourtant, une grande partie de cette richesse culturelle reste insuffisamment valorisée économiquement. Faibles investissements, difficultés d’accès au financement, piraterie, manque de studios de production et insuffisance des circuits de distribution freinent encore le développement du secteur. L’Union africaine souhaite désormais faire de l’industrie audiovisuelle un véritable pilier de la diversification économique du continent.
Créer de la valeur plutôt qu’exporter uniquement des talents
Chaque année, de nombreux créateurs africains s’imposent sur les plateformes internationales ou dans les festivals, mais les retombées économiques profitent souvent davantage aux diffuseurs étrangers qu’aux économies africaines. Le défi consiste désormais à développer des chaînes de valeur complètes sur le continent : production, postproduction, diffusion, formation, distribution et exploitation commerciale. Cette approche permettrait de créer davantage d’emplois qualifiés et de retenir une plus grande partie des revenus générés par les œuvres africaines.
Le numérique change la donne
L’essor des plateformes de streaming et des réseaux sociaux offre aujourd’hui aux producteurs africains des débouchés inédits. Des séries, films et contenus produits localement trouvent désormais leur public bien au-delà des frontières nationales. Cette évolution réduit progressivement la dépendance vis-à-vis des circuits traditionnels de diffusion et ouvre de nouvelles perspectives économiques.
Le Gabon peut-il saisir cette opportunité ?
Pour le Gabon, cette dynamique continentale représente une opportunité stratégique. Le pays dispose d’un patrimoine culturel riche, d’une diversité linguistique, de paysages naturels attractifs et d’une nouvelle génération de créateurs. Cependant, le développement d’une véritable industrie audiovisuelle suppose des investissements dans la formation, les écoles spécialisées, les studios, les mécanismes de financement et un cadre juridique protégeant efficacement les droits d’auteur. Au-delà de la création artistique, c’est toute une économie culturelle qui pourrait émerger.
L’enjeu dépasse la culture
L’ambition portée par l’Union africaine montre que la culture n’est plus seulement un outil de rayonnement diplomatique. Elle devient un secteur économique capable de créer des emplois, d’attirer des investissements, de soutenir l’innovation numérique et de renforcer la souveraineté culturelle du continent. Reste désormais à transformer cette vision en politiques publiques concrètes, capables de faire de l’audiovisuel un véritable moteur de croissance pour l’Afrique.
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Rebecca FUNDI


