« Pas de démarcheurs ! » : le cri des propriétaires qui révèle le malaise de l’immobilier au Gabon.

Lauraine

Au Gabon, les propriétaires sont de plus en plus nombreux à interdire les démarcheurs immobiliers dans leurs annonces. Entre activité informelle, commissions contestées et non-respect de la loi, le secteur immobilier traverse une véritable crise de confiance.

immobilier au Gabon

« Maison à louer ,Pas de démarcheurs! » Cette phrase est devenue récurrente sur les réseaux sociaux au Gabon, notamment sur Facebook et WhatsApp, où se concentrent désormais la majorité des annonces immobilières. Derrière cette formule brève se cache une réalité plus profonde : une défiance grandissante entre propriétaires, locataires et intermédiaires immobiliers. De plus en plus de propriétaires refusent en effet que des démarcheurs s’approprient leurs annonces ou interviennent dans la mise en relation avec les futurs locataires, préférant gérer eux-mêmes leurs biens afin d’éviter les mauvaises expériences.

Ce rejet ne vise pas l’ensemble des professionnels du secteur, mais principalement les nombreux intermédiaires exerçant dans l’informel, sans structure déclarée, sans autorisation visible et parfois sans mandat du propriétaire. Dans la pratique, certains reprennent des annonces publiées en ligne, les rediffusent avec leurs propres contacts et exigent ensuite une commission lors de la conclusion du bail, créant confusion et méfiance chez les locataires comme chez les propriétaires.

Pourtant, la profession d’agent immobilier est strictement encadrée au Gabon. La loi n°006/2017 du 9 août 2017, complétée par ses textes d’application, impose que toute personne exerçant des activités d’intermédiation immobilière — qu’il s’agisse de location, de vente, de gestion ou de courtage — soit titulaire d’une autorisation délivrée par le ministère en charge de l’Habitat. Elle exige également un mandat écrit signé par le propriétaire avant toute intervention, document qui précise la mission confiée et les conditions de rémunération de l’intermédiaire. Sans ce mandat, toute action de commercialisation d’un bien immobilier est considérée comme hors cadre légal. La loi prévoit en outre des sanctions pouvant aller de l’avertissement au retrait de l’autorisation d’exercer, voire des poursuites en cas de manquement grave.

Malgré ce cadre juridique, de nombreux acteurs opèrent encore en marge de la réglementation. Le manque de contrôle et la méconnaissance des textes par le grand public favorisent la prolifération de pratiques informelles. Beaucoup de locataires ignorent encore qu’ils peuvent demander à un agent de présenter son agrément officiel avant de payer une commission, tandis que certains propriétaires découvrent tardivement que leur bien est exploité sans leur accord.

Face à cette situation, une tendance s’installe progressivement : les propriétaires reprennent le contrôle de la diffusion de leurs annonces. Les réseaux sociaux deviennent leur principal canal de publication, et ils y ajoutent de plus en plus souvent des mentions explicites telles que « pas de démarcheurs » ou « intermédiaires non autorisés », afin d’éviter toute récupération non souhaitée de leurs offres. Cette évolution traduit une perte de confiance dans une partie des intermédiaires, mais aussi une volonté de réduire les coûts liés aux commissions et de simplifier la mise en relation directe avec les locataires.

Cette situation impacte également les agences immobilières légalement établies, qui se retrouvent parfois assimilées aux démarcheurs informels. Pourtant, ces structures respectent les obligations fiscales et administratives, disposent d’autorisations d’exercer et fonctionnent dans le cadre prévu par la loi. Elles dénoncent une concurrence déloyale qui fragilise un secteur déjà marqué par l’informalité.

Au-delà du débat sur les commissions, c’est l’ensemble du marché locatif qui est concerné. La multiplication des acteurs non régulés brouille les repères, entretient les abus et accentue la méfiance générale. Dans un contexte où l’accès au logement reste une difficulté pour de nombreux ménages gabonais, la question de l’application stricte de la loi n°006/2017 apparaît centrale pour restaurer l’équilibre du secteur.

Derrière le désormais célèbre « pas de démarcheurs », il ne s’agit donc pas d’un rejet du métier en lui-même, mais d’un signal d’alerte envoyé par les usagers. Un signal qui met en lumière la nécessité de mieux encadrer les pratiques, de renforcer les contrôles et de rétablir la confiance entre tous les acteurs du marché immobilier.

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Reve NGOUL-ALY

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