Naufrage de l’Esther Miracle : une indemnisation jugée dérisoire qui ravive la colère des familles

REBECCA FUNDI

Trois ans après la catastrophe maritime qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes au large des côtes gabonaises, le tribunal correctionnel de Libreville a rendu son verdict. Si plusieurs prévenus ont été condamnés, l’indemnisation accordée aux victimes est jugée dérisoire par les familles endeuillées, qui crient à l’injustice.

 familles

Un drame qui avait secoué tout le Gabon

Il y a trois ans, le ferry Esther Miracle sombrait entre Libreville et Port-Gentil. À son bord, plus d’une centaine de personnes. Le bilan officiel est lourd : plusieurs dizaines de morts, des disparus et des survivants. Une tragédie qui avait relancé le débat sur la sécurité du transport maritime dans le pays. Trois ans plus tard, les familles attendaient justice. Elles l’ont eue, mais pas comme elles l’espéraient.

Huit condamnations, des peines symboliques

Le tribunal correctionnel de Libreville a rendu son délibéré. La société exploitante du ferry et plusieurs prévenus ont été reconnus coupables de mise en danger de la vie d’autrui. Parmi eux, le commandant du navire et un autre prévenu ont également été condamnés pour homicide involontaire. Les peines prononcées : plusieurs mois d’emprisonnement, assortis d’une amende pour chacun. Mais attention : cette peine couvre le temps de détention préventive déjà purgé. En clair, certains condamnés ne retourneront pas en prison. La société exploitante, elle, a écopé d’une amende conséquente.

Des indemnités jugées « indécentes » par les avocats

C’est sur le volet civil que la colère est la plus vive. Le tribunal a condamné solidairement la compagnie maritime et plusieurs prévenus à verser plusieurs centaines de millions de francs CFA de dommages et intérêts aux victimes. Ramené par naufragé, cela représente environ 2 millions de francs CFA par personne. Pour les familles, ce montant est tout simplement dérisoire. Et elles le font savoir. L’avocat des parties civiles ne mâche pas ses mots : « Cette décision retranscrit le mépris observé vis-à-vis des victimes depuis l’audience. Poser deux millions par personne, c’est vraiment mépriser la souffrance de ces gens. Ignorer la mémoire des personnes décédées durant ce naufrage, c’est une décision que nous ne pouvons pas accepter ». D’autres parlent d’une indemnisation « honteuse » et « indécente ».
Pourtant, lors des réquisitions, le parquet avait été bien plus sévère. Le procureur avait comparé l’Esther Miracle à un « corbillard » et son équipage à des « croque-morts », réclamant des peines de prison ferme. Les avocats des victimes, eux, avaient réclamé des sommes allant de plusieurs dizaines de millions à plusieurs milliards de francs CFA par personne.

Un appel déjà annoncé, une bataille judiciaire qui continue

Face à ce qu’ils considèrent comme un déni de justice, les parties civiles ne comptent pas en rester là. Leur avocat a déjà annoncé son intention de faire appel dans les prochains jours. D’autant que le tribunal a également prononcé plusieurs relaxes, notamment celle du directeur général de la compagnie. Le tribunal a tout de même ordonné à l’assureur de verser les garanties contractuelles prévues aux familles des victimes. Une maigre consolation pour des proches qui attendent toujours, pour certains, de pouvoir enterrer dignement leurs morts. Ce procès devait être celui de la réparation. Il restera celui de la déception. 2 millions par victime, là où on parlait de milliards. Les familles repartent avec une blessure supplémentaire : celle de se sentir oubliées par la justice. L’appel est désormais leur dernier espoir.

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Marie-Celine AKANDA

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