À Libreville, au Gabon, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale CEEAC célèbre, du 18 au 20 octobre 2026, le 43e anniversaire de sa création, autour du thème « Consolider l’intégration régionale pour une Afrique centrale intégrée, pacifique, prospère et solidaire ». Lancées le dimanche 18 octobre par une marche consacrée à l’intégration régionale, organisée au siège de l’institution sous l’impulsion du président de sa Commission, Ézéchiel Nibigira, ces activités se déroulent avec l’appui du président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema. L’ouverture officielle est prévue le mardi 20 octobre à la Cité de la Démocratie. À l’occasion de ces 43 années d’existence, une question demeure : comment la CEEAC peut-elle consolider sa crédibilité alors que la libre circulation des personnes et des biens se heurte encore à des difficultés dans la sous-région ? Pour les populations et les opérateurs économiques, l’intégration régionale doit se traduire par des changements concrets dans les déplacements et les échanges commerciaux.
En effet, les tensions autour de la mobilité des personnes illustrent le décalage qui peut exister entre les ambitions communautaires et les pratiques nationales. En Guinée équatoriale, des opérations de contrôle migratoire menées à Bata et à Malabo ont suscité des controverses après l’interpellation et l’expulsion de ressortissants étrangers, principalement camerounais, selon des informations relayées par la presse. Ces événements remettent au premier plan la question du traitement des citoyens de la sous-région et du respect des règles applicables à leur séjour. À l’occasion de cette célébration, le président en exercice de la CEEAC, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a également appelé les dix États membres à honorer leurs obligations financières envers l’organisation. Il a souligné que ces contributions sont indispensables au fonctionnement de l’institution et à l’exécution de ses programmes. Cet appel met en lumière une difficulté supplémentaire : sans ressources financières suffisamment prévisibles, la Commission risque de rencontrer des obstacles dans la réalisation de ses missions et le suivi des engagements régionaux.
Par ailleurs, la question du financement rejoint celle de l’efficacité institutionnelle. Les retards dans le versement des contributions nationales peuvent compliquer la planification des activités, ralentir les projets et limiter les moyens nécessaires à l’application des décisions communautaires. Or, la libre circulation exige une coopération durable entre les administrations, des procédures harmonisées et un suivi régulier des engagements pris par les États. La CEEAC doit donc pouvoir compter sur des ressources adaptées à ses ambitions, mais également sur une volonté politique commune pour transformer ses orientations en mesures applicables. Les gouvernements sont, de leur côté, appelés à concilier leurs politiques nationales de contrôle avec les objectifs d’intégration régionale. Après 43 années d’existence, la capacité de l’organisation à produire des résultats concrets reste ainsi déterminante pour sa crédibilité auprès des populations.
Dans le même temps, le Gabon, pays hôte des célébrations, est lui aussi confronté aux questions migratoires. Selon les premiers résultats du Recensement général de la population et des logements RGPL 2026, présentés le 1er septembre 2026, le pays compte 3 518 621 habitants, dont 1 200 256 ressortissants étrangers, soit 34,1 % de la population recensée. Cette proportion souligne l’importance de la présence étrangère au Gabon et alimente les discussions sur l’emploi, l’accès aux services publics et la gestion des flux migratoires. Elle invite toutefois à traiter cette question avec discernement, sans assimiler la présence des étrangers à une menace. Pour la CEEAC et ses États membres, l’objectif est de concilier le respect des règles nationales, la protection des droits des personnes et les ambitions d’intégration régionale. La libre circulation ne doit pas être synonyme d’invasion, mais d’une mobilité organisée, respectueuse des lois, de la souveraineté des États et de la dignité humaine.
Dorina MBA
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