Le Gabon veut acquérir 20 % du capital de CIMAF et supprimer les avantages fiscaux sur le clinker dès 2027 afin de renforcer sa souveraineté industrielle et réduire les importations.

Le Gabon accélère sa stratégie de reprise en main des secteurs industriels jugés stratégiques. Cette fois, c’est le secteur du ciment qui se retrouve au cœur des ambitions de Libreville. Les autorités gabonaises ont officiellement affiché leur volonté d’acquérir 20 % du capital de CIMAF Gabon, filiale du groupe marocain Ciments de l’Afrique (CIMAF), tout en annonçant la suppression prochaine des avantages fiscaux accordés aux importations de clinker.
Derrière cette décision, le pouvoir gabonais poursuit un objectif clair : renforcer la souveraineté industrielle du pays, réduire la dépendance aux importations et augmenter les recettes publiques.
Selon plusieurs sources concordantes, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a informé les dirigeants de CIMAF de l’intention de l’État gabonais d’entrer dans le capital de l’entreprise à hauteur de 20 %. Cette annonce intervient alors que le groupe marocain poursuit l’expansion de ses activités industrielles au Gabon.
Installée à Owendo depuis 2015, CIMAF Gabon s’est imposée comme l’un des principaux producteurs de ciment du pays. L’entreprise produit actuellement près de 900 000 tonnes de ciment par an et prévoit de porter sa capacité à 1,85 million de tonnes d’ici fin 2026 grâce à la mise en service d’une troisième ligne de production.
Pour le Gabonais lambda, cela signifie concrètement que le pays pourrait bientôt produire suffisamment de ciment pour couvrir largement les besoins nationaux, notamment dans les grands projets de construction, les routes, les logements et les infrastructures publiques.
Mais le véritable tournant se situe ailleurs : le gouvernement veut désormais mettre fin à la forte dépendance du Gabon au clinker importé. Le clinker est la principale matière première utilisée dans la fabrication du ciment. Jusqu’ici, CIMAF importait une grande partie de ce produit depuis le Maroc avec des exonérations fiscales et douanières accordées par l’État gabonais.
Or, les autorités estiment aujourd’hui que cette matière première peut être exploitée directement au Gabon. CIMAF développe ainsi une usine de broyage de calcaire à Ntoum pour un investissement évalué à environ 27 milliards FCFA. L’objectif est de produire localement le clinker afin de réduire les importations et renforcer l’industrialisation nationale.
Dans cette logique, Libreville a officiellement décidé de supprimer, à compter du 1er janvier 2027, les exonérations fiscales accordées aux importations de clinker. Cette décision vise à encourager la transformation locale des matières premières et à augmenter les recettes de l’État.
Cette orientation s’inscrit dans une politique économique plus large menée par les autorités de transition. Depuis plusieurs mois, le gouvernement multiplie les initiatives pour renforcer la présence de l’État dans des secteurs considérés comme stratégiques : pétrole, bois, transport aérien ou encore matériaux de construction.
Pour les autorités gabonaises, cette stratégie doit permettre de mieux contrôler les ressources nationales, créer davantage d’emplois locaux et limiter la sortie des devises vers l’étranger.
Cependant, certains économistes rappellent que l’entrée de l’État dans le capital d’entreprises privées devra être accompagnée d’une gouvernance rigoureuse afin de préserver la confiance des investisseurs internationaux et garantir la compétitivité du secteur industriel gabonais.
Une chose reste néanmoins certaine avec cette montée en puissance de CIMAF et la volonté affichée de l’État de participer directement au capital de l’entreprise, le secteur du ciment devient désormais un enjeu stratégique majeur pour l’économie gabonaise.
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Reve NGOUL-ALY


