Banque africaine de développement : le Gabon doit investir 660 milliards FCFA par an pour ses infrastructures.

REBECCA FUNDI

Le diagnostic est sans appel. Selon le rapport pays 2025 de la Banque africaine de développement (BAD), le Gabon doit mobiliser environ 1,18 milliard de dollars, soit 660 milliards de FCFA par an, pour financer sa transformation structurelle d’ici 2030 . Les infrastructures représentent 72,2% des besoins identifiés. À ce jour, seulement 14,6% de ces besoins annuels sont couverts, laissant un gros déficit de financement d’environ 1 milliard de dollars (600 milliards FCFA) par an . Un écart vertigineux qui pose la question de la soutenabilité des ambitions gabonaises.

Banque africaine

Les chiffres qui donnent le vertige : 660 milliards par an

Le rapport pays 2025 de la BAD, publié récemment, dresse un état des lieux précis des besoins d’investissement du Gabon. Pour atteindre ses objectifs de développement d’ici 2030, le pays doit investir chaque année 660 milliards de FCFA. C’est disons l’équivalent de près de 5% du PIB gabonais annuel, un niveau d’effort rarement atteint dans la sous-région .
À titre de comparaison : le budget national du Gabon pour 2026 est d’environ 3 500 milliards FCFA. Cela signifie que les seuls besoins d’investissement infrastructurel représentent près de 19% du budget total de l’État. Une proportion difficile à tenir sans un recours massif aux financements extérieurs .

Les infrastructures : 72,2% des besoins, le nerf de la guerre

Sur les 660 milliards annuels nécessaires, les infrastructures (routes, ponts, ports, énergie, eau) représentent la part du lion : 476 milliards de FCFA par an, soit 72,2% du total . Des besoins colossaux qui concernent à la fois :

Le désenclavement des zones rurales (routes, pistes)
La modernisation des infrastructures urbaines (assainissement, transport)
Le développement des infrastructures productives (énergies renouvelables, zones industrielles)
Le constat de la BAD confirme exactement ce que les Gabonais vivent au quotidien : des routes dégradées, des coupures d’électricité récurrentes, un accès limité à l’eau potable dans certaines zones.

Le mur du financement : seulement 14,6% des besoins couverts

Là où le rapport devient alarmant, c’est quand il mesure l’écart entre les besoins et les capacités actuelles de financement. À ce jour, seulement 14,6% des besoins annuels sont couverts . Soit un déficit annuel d’environ 600 milliards de FCFA.
Concrètement : sur les 660 milliards nécessaires chaque année, le Gabon ne parvient à en mobiliser qu’environ 96 milliards. Le reste (564 milliards) n’est pas financé. Un gouffre qui retarde ou à la limite empêche la réalisation de nombreux projets structurants.

La BAD, un partenaire de poids mais insuffisant

La Banque africaine de développement est l’un des principaux bailleurs du Gabon. Entre 2015 et 2025, elle a approuvé 20 opérations pour un montant total de 600 milliards de FCFA . Son portefeuille actif est passé de 7,6 milliards FCFA en 2015 à 365,6 milliards FCFA en février 2026 .
À titre d’exemple, le Programme d’appui au secteur des infrastructures (PASIG 1) bénéficie d’un prêt de 60,9 milliards FCFA de la BAD pour la route Ndendé-Doussala . Mais ces montants, bien que significatifs, ne couvrent qu’une fraction des besoins annuels de 660 milliards.

Le revers de la médaille : des projets qui prennent du retard

La BAD elle-même reconnaît que l’ambition des investissements ne suffit pas ; il faut aussi la qualité de l’exécution. Or, certains projets phares accusent des retards préoccupants.
L’exemple de la route Ndendé-Doussala (46 km) : financée par la BAD et l’Africa Growing Together Fund . Et selon une mission de la BAD en mars 2026, le chantier n’affichait qu’un taux d’exécution de 27% alors que 62% du délai contractuel était déjà écoulé . La BAD a évoqué un « risque élevé de non-achèvement » des travaux avant le 31 décembre 2026 .
« La qualité de l’exécution est pour nous aussi importante que l’ambition des investissements », a déclaré Léandre Bassolé, directeur général pour l’Afrique centrale de la BAD .

Quelles solutions pour combler le déficit ?

Face à ce défi, le rapport de la BAD suggère plusieurs pistes : Piste Enjeu
Élargir la coopération Mobiliser de nouveaux bailleurs et investisseurs privés
Cibler les secteurs prioritaires Routes, éducation, agriculture
Améliorer l’exécution Renforcer les capacités de gestion de projet
Mobiliser le secteur privé Partenariats public-privé (PPP)
Le gouvernement gabonais a lancé un plan d’investissement de 10 000 milliards de FCFA avec l’ambition d’atteindre une croissance économique à deux chiffres. Mais sans une amélioration significative du taux d’exécution et une mobilisation accrue des financements, cet objectif restera hors de portée.
En définitif entre ambition et réalité, le chemin est encore long.

Le rapport de la BAD est une piqûre de rappel salutaire. D’un côté, il confirme l’ampleur des besoins : 660 milliards FCFA par an, un montant assez vertigineux. De l’autre, il pointe les limites du modèle actuel : faible couverture des besoins (14,6%), retards dans l’exécution des projets.
Pour le Gabon, l’enjeu est double :

Mobiliser davantage de financements (bailleurs, investisseurs privés)
Mieux exécuter les projets pour ne pas perdre la confiance des partenaires
La BAD a prévenu : des mesures fermes seront prises pour que la route Ndendé-Doussala soit achevée en 2026 . Un test grandeur nature de la capacité du Gabon à transformer ses ambitions en réalisations concrètes.

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Marie-Celine AKANDA

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