Guinée équatoriale : Bioko, un modèle pour éradiquer le paludisme d’ici à 2030.

Davilla AKANG
Guinée équatoriale : Bioko, un modèle pour éradiquer le paludisme d’ici à 2030.

La Guinée équatoriale entend éliminer le paludisme d’ici à 2030 en s’appuyant sur les résultats obtenus sur l’île de Bioko. Après plus de vingt ans d’actions contre cette maladie, les autorités souhaitent étendre les méthodes de prévention à l’ensemble du territoire national. Vaccination, lutte contre les moustiques et nouvelles technologies figurent parmi les moyens envisagés pour atteindre cet objectif sanitaire.

Guinée équatoriale

À Malabo, sur l’île de Bioko, les équipes sanitaires poursuivent les opérations de pulvérisation d’insecticides dans les habitations. Ces interventions visent à réduire la présence des moustiques responsables de la transmission du paludisme. Elles s’inscrivent dans une stratégie dont les autorités souhaitent désormais étendre la portée au territoire continental.

Depuis plus de vingt ans, les actions menées à Bioko ont permis de faire reculer sensiblement les infections et les décès liés à cette maladie. Ces résultats reposent notamment sur la collecte régulière de données, les mesures de prévention, la lutte contre les moustiques et la sensibilisation des habitants.

Fort de cette expérience, le gouvernement souhaite reproduire les méthodes utilisées sur l’île dans les autres régions du pays. Toutefois, leur application à l’échelle nationale représente un défi plus important, notamment en raison de la superficie du territoire continental et des conditions climatiques favorables à la prolifération des moustiques.

Pour atteindre son objectif à l’horizon 2030, la Guinée équatoriale prévoit de renforcer les moyens de prévention existants. Le programme comprend notamment le déploiement du vaccin antipaludique R21, recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les enfants. Les autorités ambitionnent de vacciner 300 000 enfants dans le pays.

En parallèle, le recours aux drones est envisagé pour repérer les zones où les moustiques sont particulièrement présents. Cette approche pourrait permettre de mieux cibler les interventions et d’adapter les actions sanitaires aux réalités locales.

Le pays étudie également la possibilité d’utiliser des moustiques génétiquement modifiés, dans le cadre de recherches menées avec des spécialistes de l’Université de Californie à Davis. L’objectif serait de réduire les populations de moustiques capables de transmettre le parasite ou de limiter leur capacité à propager la maladie. Cette piste reste toutefois à l’étude.

Mais les résultats de Bioko suffiront-ils à éradiquer le paludisme d’ici à 2030 ?

Malgré les avancées enregistrées sur l’île de Bioko, l’extension du programme au continent comporte plusieurs difficultés. La Guinée équatoriale partage ses frontières avec le Gabon et le Cameroun, deux pays où le paludisme reste présent. Les déplacements transfrontaliers peuvent ainsi favoriser la réintroduction de la maladie.

La superficie du territoire continental, les conditions climatiques favorables à la prolifération des moustiques et les besoins en financement constituent autant de défis à relever. La continuité des opérations de prévention et le renforcement de la surveillance sanitaire seront également déterminants pour éviter une reprise de la transmission.

Le développement économique constitue aussi un facteur important. L’amélioration des logements, l’accès aux soins et les conditions de vie des populations rurales peuvent contribuer à réduire l’exposition à la maladie.

L’ambition de la Guinée équatoriale s’inscrit dans un contexte continental difficile. Selon les données de l’OMS citées par Associated Press, environ 610 000 personnes sont mortes du paludisme dans le monde en 2024, dont la grande majorité des décès en Afrique.

À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, seuls deux pays, Maurice et le Cap-Vert, ont obtenu la certification de l’OMS attestant l’élimination du paludisme.

Pour la Guinée équatoriale, l’échéance de 2030 constitue donc un objectif majeur. La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des autorités à étendre les interventions efficaces au-delà de Bioko, à mobiliser durablement les ressources nécessaires et à maintenir l’engagement des populations dans la lutte contre cette maladie.

 

Davilla AKANG

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