Le Mali crée l’OMASP pour mieux encadrer l’or artisanal et sécuriser les revenus miniers. Une démarche qui rappelle la volonté du Gabon de renforcer le contrôle de ses ressources naturelles.

Longtemps, plusieurs États du continent ont laissé une partie importante de leurs richesses naturelles échapper aux circuits officiels. Aujourd’hui, l‘Afrique change de stratégie, les lignes bougent. Après le Gabon qui multiplie les réformes pour mieux valoriser ses ressources stratégiques et renforcer le contrôle de leur exploitation, le Mali engage à son tour une transformation majeure de son secteur minier avec un objectif clair : que l’or profite davantage aux Maliens qu’aux réseaux de contrebande.
Le Conseil national de transition (CNT) a adopté à l’unanimité la loi consacrant la création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP), une nouvelle structure publique chargée d’encadrer l’achat, la commercialisation et l’exportation de l’or artisanal ainsi que des autres substances précieuses. Cette décision traduit la volonté des autorités de reprendre le contrôle d’un secteur considéré comme le véritable moteur de l’économie nationale.
Cette réforme intervient dans un contexte où le Mali, l’un des plus grands producteurs d’or du continent, continue de perdre une partie importante de ses revenus à cause des circuits informels. Selon plusieurs estimations, des dizaines de tonnes d’or quittent chaque année le pays sans être déclarées, privant ainsi l’État de recettes fiscales considérables. À elles seules, ces exportations clandestines représenteraient plusieurs milliards de dollars de valeur chaque année.
Avec l’OMASP, Bamako veut désormais suivre l’or depuis les sites d’orpaillage jusqu’aux exportations. La nouvelle institution sera chargée d’organiser les achats, d’améliorer la traçabilité du métal précieux, de contrôler les comptoirs de commercialisation et de lutter contre la fraude qui gangrène le secteur depuis plusieurs années. L’objectif est simple : chaque gramme d’or extrait du sous-sol malien doit davantage contribuer au développement du pays.
Cette orientation n’est pas sans rappeler la dynamique observée au Gabon. Tout comme Libreville cherche aujourd’hui à mieux valoriser ses ressources naturelles, à accroître la transformation locale et à renforcer la gouvernance des secteurs stratégiques, le Mali fait le choix de placer l’État au cœur de la gestion de ses richesses minières. Dans les deux pays, le message est pratiquement le même : les ressources nationales doivent créer davantage de valeur sur place, financer le développement et réduire la dépendance vis-à-vis des circuits extérieurs.
Au Mali, les enjeux sont immenses. L’or représente environ 75 % des exportations nationales et près d’un quart des recettes publiques. Des millions de personnes vivent directement ou indirectement de l’exploitation artisanale répartie sur plusieurs centaines de sites. Mais cette importance économique s’accompagne d’importants défis liés à la contrebande, à l’informel et à la sécurisation des revenus de l’État.
La création de l’OMASP s’inscrit d’ailleurs dans une réforme plus large du secteur minier malien. Depuis 2023, les autorités ont renforcé le Code minier, augmenté la participation de l’État dans plusieurs projets, lancé la construction d’une raffinerie d’or et engagé des audits ayant permis de récupérer d’importants arriérés fiscaux. Cette nouvelle institution constitue donc une étape supplémentaire dans une stratégie visant à faire de l’or un véritable levier de souveraineté économique.
Reste maintenant le plus difficile : réussir à formaliser un secteur qui fait vivre des centaines de milliers de familles sans freiner leur activité. Car, comme on le dit souvent en afrique , « la richesse du pays ne doit pas seulement sortir du sol, elle doit aussi se retrouver dans la poche des populations ». C’est précisément le pari que tente aujourd’hui le Mali en reprenant la main sur son or artisanal.
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Reve NGOUL-ALY


