Avec la création de l’AGADEV, le Gabon veut transformer ses forêts, ses crédits carbone et sa biodiversité en nouvelles sources de revenus. Une stratégie qui pourrait redessiner l’économie du pays.

Pendant des décennies, la richesse du Gabon s’est construite autour du pétrole, du manganèse et du bois. Mais alors que la transition énergétique mondiale s’accélère et que les marchés internationaux accordent une valeur croissante aux ressources naturelles préservées, le pays semble vouloir ouvrir un nouveau chapitre de son développement économique. L’approbation, lors du Conseil des ministres du 25 juin 2026, des statuts de l’Agence Gabonaise de Développement de l’Économie Verte (AGADEV) marque une étape importante de cette ambition.
Derrière cette décision administrative se cache une question stratégique : le Gabon peut-il transformer sa forêt, sa biodiversité et ses engagements climatiques en véritables sources de revenus durables ?
Le contexte est favorable. Avec près de 88 % de son territoire couvert de forêts, le Gabon possède l’un des plus importants massifs forestiers d’Afrique centrale. Le pays absorbe chaque année davantage de dioxyde de carbone qu’il n’en émet, ce qui en fait l’un des rares États au monde à afficher un bilan carbone positif. Cette capacité constitue aujourd’hui un actif économique recherché dans le cadre des politiques internationales de lutte contre le changement climatique.
C’est précisément sur cette nouvelle forme de richesse que le gouvernement entend bâtir une partie de sa stratégie économique. Selon le texte adopté en Conseil des ministres, l’AGADEV aura pour mission de concevoir, financer et déployer les politiques liées à l’économie verte. L’agence sera notamment chargée de la monétisation des crédits carbone, du développement des crédits biodiversité, de la valorisation du capital naturel gabonais et de la mobilisation de financements verts.
Ces notions restent parfois abstraites pour le grand public. Pourtant, elles correspondent à une évolution profonde de l’économie mondiale. Les crédits carbone permettent à une entreprise ou à un État de financer la protection ou la restauration d’écosystèmes capables de stocker du carbone afin de compenser une partie de leurs émissions de gaz à effet de serre. Les crédits biodiversité, plus récents, rémunèrent quant à eux les actions qui protègent les espèces, les habitats naturels et les services rendus par les écosystèmes.
Pour le Gabon, l’enjeu est majeur. La forêt ne serait plus seulement exploitée pour son bois, mais également pour les services environnementaux qu’elle rend à la planète. Cette logique permettrait de générer des revenus tout en maintenant les écosystèmes intacts, à condition que les mécanismes de certification soient crédibles et que les bénéfices soient répartis de manière transparente.
Le pays dispose déjà d’une expérience reconnue dans ce domaine. En 2022, le Gabon est devenu le premier État africain à recevoir l’autorisation de vendre des crédits carbone forestiers certifiés dans le cadre de l’initiative REDD+ des Nations Unies, après avoir démontré une réduction significative de ses émissions liées à la déforestation. Cette reconnaissance internationale a renforcé la crédibilité du pays sur les marchés environnementaux.
Au-delà des crédits carbone, l’AGADEV pourrait également jouer un rôle déterminant dans l’attraction de nouveaux financements internationaux. De plus en plus de banques de développement, de fonds souverains et d’investisseurs privés orientent leurs capitaux vers les projets répondant à des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Les projets liés aux énergies renouvelables, à la restauration des forêts, à l’agriculture durable ou encore à l’écotourisme bénéficient aujourd’hui d’un intérêt croissant.
Cette évolution pourrait offrir au Gabon une source complémentaire de financement, moins dépendante des fluctuations du prix du pétrole. Elle s’inscrit d’ailleurs dans la stratégie gouvernementale de diversification économique engagée ces dernières années.
Mais transformer le capital naturel en richesse nationale ne se résume pas à vendre des crédits carbone. La réussite dépendra de plusieurs conditions : disposer d’un système fiable de mesure et de certification, garantir une gouvernance transparente des revenus générés, préserver durablement les écosystèmes et associer les communautés locales, qui vivent au quotidien dans les espaces forestiers.
Le développement d’une véritable économie verte suppose également la création de compétences nationales. Experts en finance climatique, ingénieurs forestiers, spécialistes de la biodiversité, juristes du carbone ou encore analystes environnementaux seront de plus en plus recherchés. L’économie verte pourrait ainsi devenir un nouveau gisement d’emplois qualifiés pour la jeunesse gabonaise.
En créant l’AGADEV, le gouvernement envoie donc un signal clair : la protection de la nature n’est plus uniquement une politique environnementale, elle devient un levier économique à part entière. Dans un monde où les ressources naturelles préservées acquièrent une valeur stratégique croissante, le Gabon entend convertir son patrimoine écologique en avantage compétitif.
La véritable richesse verte ne se mesurera toutefois pas uniquement par les financements obtenus. Elle se jugera à la capacité du pays à transformer ces nouvelles ressources en infrastructures, en emplois, en innovation et en amélioration concrète des conditions de vie des populations. Si cet équilibre est trouvé, la forêt gabonaise pourrait devenir bien plus qu’un patrimoine naturel : l’un des piliers de l’économie du XXIᵉ siècle.
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REVE NGOUL-ALY


