Quand Eramet vacille, l’économie gabonaise retient son souffle

Lauraine

La tempête managériale qui secoue Eramet dépasse le simple cadre d’une crise interne. Entre défiance des marchés, vacance au sommet de l’exécutif et enjeux stratégiques au Gabon, le groupe minier se retrouve au cœur d’une équation où la gouvernance pèse désormais autant que les cours des métaux.

Le groupe minier Eramet traverse l’une des séquences de gouvernance les plus sensibles de son histoire récente. En l’espace de quelques jours, la suspension du directeur financier, Abel Martins-Alexandre, dans le cadre d’une enquête interne, est venue s’ajouter au licenciement du directeur général, Paulo Castellari. Un double choc qui a immédiatement ébranlé la confiance des marchés, le titre ayant cédé plus de 4 % en Bourse.

Cette instabilité au sommet de l’exécutif intervient dans un contexte déjà tendu : ralentissement de la demande mondiale, baisse des prix des métaux et contraintes opérationnelles sur certains sites. Pour les investisseurs, la question n’est plus seulement conjoncturelle, elle est désormais institutionnelle. Une gouvernance fragilisée accroît mécaniquement la perception du risque, à l’approche de la publication des résultats annuels 2025, attendus le 18 février.

Mais la portée de cette crise dépasse largement les places financières européennes. À Libreville, le dossier est suivi avec une attention particulière. Eramet, à travers sa filiale Comilog, est un pilier de l’économie gabonaise. Premier producteur mondial de manganèse à haute teneur, Comilog est également la première entreprise du pays en chiffre d’affaires, avec plus de 600 milliards de francs CFA.

À l’horizon 2026, le Gabon table sur des exportations annuelles comprises entre 8 et 9 millions de tonnes de manganèse, générant des recettes estimées entre 700 et 900 milliards de francs CFA, selon l’évolution des cours internationaux. Les retombées budgétaires sont considérables : redevances minières, impôt sur les sociétés et dividendes font du manganèse une ressource stratégique, dans un pays engagé dans la réduction de sa dépendance aux hydrocarbures.

Aujourd’hui, le manganèse représente entre 7 et 9 % du PIB gabonais et plus de 30 % des exportations hors pétrole. Toute instabilité prolongée chez Eramet est donc perçue comme un risque macroéconomique potentiel, même si aucune perturbation opérationnelle n’a été signalée à ce stade au sein de Comilog.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi social et logistique. La filiale gabonaise concentre près de 7 000 emplois directs et indirects et irrigue des secteurs clés comme le rail, le portuaire et la logistique nationale. La continuité stratégique du groupe est, à ce titre, étroitement surveillée par les autorités gabonaises.

Dans les semaines à venir, Eramet joue donc une partie décisive. Rétablir une gouvernance lisible, stable et crédible est devenu une condition indispensable pour préserver la confiance des marchés comme celle des États partenaires. Pour le Gabon, l’équation est claire : la stabilité d’Eramet ne relève plus seulement de la vie d’une entreprise, elle touche désormais à l’équilibre économique national.

REVE NGOUL-ALY

Share This Article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *