La liberté d’expression: Est-elle devenue un danger pour le peuple gabonais ?

ONASIA MABITI

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, une question revient avec insistance dans les débats publics au Gabon : la liberté d’expression serait-elle devenue un poison pour le peuple ?

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, une question revient avec insistance dans les débats publics au Gabon : la liberté d’expression serait-elle devenue un poison pour le peuple ? Donner son point de vue, critiquer une décision ou interpeller les autorités n’a jamais semblé aussi risqué qu’aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux comme dans la vie quotidienne, beaucoup parlent d’un climat de peur, d’intimidation et d’auto-censure. Cette situation amène à s’interroger sérieusement sur l’état réel de la liberté d’expression dans le pays.

La liberté d’expression est pourtant un droit fondamental, reconnu comme l’un des piliers de toute société démocratique. Elle permet au citoyen de s’exprimer, de dénoncer les injustices, de questionner les décisions publiques et de participer activement à la vie nationale. En elle-même, elle n’est pas un danger pour le peuple. Au contraire, c’est son absence ou sa restriction excessive qui ouvre la voie aux abus de pouvoir, à l’arbitraire et à la frustration sociale. Ce qui inquiète aujourd’hui au Gabon, ce n’est pas que les citoyens parlent trop, mais qu’ils soient de plus en plus inquiétés pour avoir parlé.

Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette situation. Ils sont devenus l’espace principal d’expression populaire, là où le peuple parle sans filtre et sans intermédiaire. On y trouve des critiques légitimes, des revendications sociales fondées, mais aussi des excès : insultes, rumeurs, diffamation et désinformation. Le problème n’est donc pas l’existence de ces plateformes, mais l’usage qui en est fait et la manière dont l’État choisit d’y répondre. Beaucoup ont le sentiment que la frontière entre opinion et infraction est floue, et que la loi est parfois appliquée de manière sélective, surtout contre les voix jugées dérangeantes.

Le contexte politique actuel accentue cette tension. Après les récents bouleversements institutionnels, la parole citoyenne semble être surveillée de plus près. Dans ce climat, critiquer peut être interprété comme une menace à l’ordre public ou à la stabilité, plutôt que comme une contribution au débat national. Cette confusion entre critique et subversion affaiblit la confiance entre les citoyens et les autorités, et renforce l’idée que la liberté d’expression est tolérée tant qu’elle ne dérange pas.

Le véritable danger n’est donc pas la liberté d’expression elle-même, mais la manière dont elle est comprise et gérée. Le danger réside dans l’absence de règles claires, dans l’utilisation de la loi comme outil d’intimidation, et dans le manque d’éducation citoyenne et numérique face à la puissance des réseaux sociaux. Une société où la parole est totalement incontrôlée peut sombrer dans le chaos, mais une société où la parole est étouffée sombre dans la peur et la frustration.

La liberté d’expression n’est pas devenue un danger pour le peuple gabonais. Elle est devenue un révélateur des tensions profondes qui traversent la société. Ce qui menace réellement le peuple, ce n’est pas la parole, mais le silence imposé, l’auto-censure et l’absence de dialogue sincère entre gouvernants et gouvernés. Critiquer n’est pas détruire, donner son opinion n’est pas comploter, et parler n’est pas un crime. La liberté d’expression doit rester un outil de construction nationale, exercée avec responsabilité, protégée par la loi et respectée par le pouvoir.

Mabiti Onasia.

Share This Article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *