Gospel gabonais : entre critiques, introspection et quête de reconnaissance.

ONASIA MABITI

Depuis quelques jours, le gospel gabonais est au cœur d’une vive polémique sur les réseaux sociaux. Entre critiques sur le professionnalisme des artistes, dénonciation du manque de soutien du public et appels à l’unité, ce débat met en lumière les défis structurels d’un mouvement musical et spirituel qui cherche encore à s’imposer durablement au Gabon.

Le gospel gabonais traverse une nouvelle zone de turbulences. Sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, les échanges se multiplient depuis plusieurs jours autour de la place et de l’avenir de cette musique au Gabon. À l’origine de cette polémique, des propos critiques attribués à Mr Wills qui ont rapidement suscité de nombreuses réactions au sein de la communauté artistique et du public. Dans la foulée, plusieurs interventions ont alimenté le débat, notamment celle de Carlyle Ovono, dont les déclarations jugées sévères ont profondément divisé les internautes. Selon lui, certains promoteurs hésitent à investir dans les artistes gospel locaux parce qu’ils ne représenteraient pas un véritable levier économique. Il évoque également un manque de professionnalisme et une dépendance excessive à l’égard des organisateurs ou des soutiens extérieurs. Des propos qui ont été perçus par certains comme une critique nécessaire pour réveiller le secteur, mais par d’autres comme une attaque injuste contre des artistes qui évoluent déjà dans un environnement difficile.

En réponse à ces critiques, plusieurs voix appellent à une approche plus constructive. L’artiste Emmanuel Amos reconnaît que le gospel gabonais comporte des faiblesses, mais estime qu’il est dangereux de ne mettre en avant que les aspects négatifs. Pour lui, le véritable enjeu consiste plutôt à encourager et valoriser les artistes qui apportent de la qualité et de la profondeur au mouvement. Dans une métaphore marquante, il compare la situation à une maison bien entretenue : toutes les maisons produisent des déchets, mais on ne les expose pas au salon. Autrement dit, les problèmes existent, mais ils ne doivent pas occulter les talents et les efforts qui méritent d’être mis en lumière. Cette vision rejoint celle de l’observatrice Irène Moulaka, qui estime que la responsabilité ne repose pas uniquement sur les artistes. Selon elle, le Gabon peine parfois à valoriser ses propres talents, au point que certains artistes doivent souvent quitter le pays pour trouver écoute, respect et reconnaissance ailleurs.

Au-delà de la polémique, ce débat révèle des questions plus profondes sur la structuration du gospel au Gabon. Contrairement à certains pays africains où l’industrie musicale gospel est bien organisée et fortement soutenue par les églises et le public, le Gabon semble encore chercher son modèle. Manque d’infrastructures, absence de véritables circuits de promotion, rivalités entre artistes et difficultés de financement sont régulièrement évoqués comme des freins au développement du secteur. Pourtant, le pays regorge de talents et de voix capables de porter ce message musical et spirituel bien au-delà des frontières nationales. Pour de nombreux observateurs, la controverse actuelle pourrait finalement être une opportunité : celle d’ouvrir un dialogue sincère entre artistes, promoteurs, églises et public afin de construire un gospel gabonais plus structuré, plus solidaire et capable de rayonner sur la scène africaine et internationale.

MABITI ONASIA.

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