Gabon : Quand la justice gabonaise se dit incompétente face à la coupure des réseaux sociaux.

ONASIA MABITI

Alors que les Gabonais sont privés de réseaux sociaux depuis près d’un mois, la Cour constitutionnelle a rejeté la requête de quatre citoyens contestant cette suspension, soulignant qu’elle n’avait pas compétence pour statuer sur le sujet.

Depuis la suspension des réseaux sociaux décidée par la Haute autorité de la communication (HAC) début février 2026, le quotidien numérique des Gabonais est bouleversé. Le blocage concerne les plateformes majeures comme Facebook, Instagram et WhatsApp, utilisées pour tout, du suivi professionnel aux échanges familiaux. Quatre citoyens ont tenté de contester cette mesure en saisissant la Cour constitutionnelle, arguant que la suspension portait atteinte à leur liberté d’expression et d’accès à l’information. Le 14 mars, la Cour a rendu sa décision : elle se déclare incompétente, renvoyant les plaignants vers d’autres juridictions administratives.

Ce refus de statuer sur le fond laisse un vide juridique et social. Dans les faits, les Gabonais s’organisent : certains recourent aux VPN pour continuer à communiquer, d’autres multiplient les messages via SMS, appels téléphoniques ou emails. Les petites entreprises et commerçants en ligne, dépendants de ces plateformes pour vendre et communiquer, subissent des pertes économiques silencieuses mais significatives. Pour Maître Abdoul Kadir Maïmouna, l’un des requérants, cette décision révèle l’absence de cadre clair sur la régulation des réseaux sociaux. « La Cour constitutionnelle ne tranche pas, mais les citoyens continuent de subir », explique-t-il. Ce constat met en lumière un paradoxe : les autorités peuvent suspendre l’accès à des outils essentiels à la vie économique et sociale, sans que le droit ne permette un recours rapide.

Au-delà de la dimension juridique, cette situation souligne l’émergence d’un nouveau rapport des Gabonais à la communication numérique. L’innovation citoyenne devient un impératif : recours aux VPN, forums alternatifs, messageries sécurisées… Autant de solutions pour contourner un blocage imposé mais jamais validé sur le fond par une juridiction compétente. En définitive, la décision de la Cour constitutionnelle n’est pas seulement un refus de trancher ; elle ouvre un débat sur la place des réseaux sociaux dans la société et l’économie gabonaise, et sur la nécessité d’un cadre légal clair pour encadrer leur suspension.

MABITI ONASIA.

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