Encadrement du mariage coutumier au Gabon.

ONASIA MABITI

Au Gabon depuis plusieurs années le mariage coutumier existait dans la pratique sociale mais n’était pas reconnu légalement par l’Etat.

Pendant longtemps au Gabon, le mariage coutumier a occupé une place centrale dans la vie sociale et culturelle des populations. Il constituait une étape importante dans l’union entre deux familles et dans l’organisation de la société. Toutefois, bien que largement pratiqué, ce type de mariage n’était pas reconnu juridiquement par l’État. En effet, une loi adoptée en 1963 (loi n°20/63) avait interdit la dot et retiré au mariage traditionnel toute valeur juridique. À partir de ce moment, les unions célébrées selon les coutumes locales continuaient d’exister dans la pratique sociale, mais elles ne produisaient pas d’effets juridiques dans le système légal gabonais. Cette situation créait un décalage entre les réalités culturelles vécues par les populations et le cadre juridique officiel.

Face à cette contradiction entre tradition et droit moderne, le législateur gabonais a entrepris une réforme importante. En décembre 2020, le Parlement a adopté la loi n°045/2020 qui reconnaît officiellement le mariage coutumier dans le système juridique gabonais. Cette loi vise à encadrer une pratique profondément enracinée dans la culture nationale tout en la conformant aux principes du droit contemporain. La réforme prévoit notamment l’encadrement de la dot, qui constitue un élément central du mariage traditionnel. Afin de prévenir les abus et d’éviter toute forme de marchandisation de la femme, la loi fixe un plafond de la dot à 1 500 000 FCFA. Cette mesure cherche à préserver la dimension symbolique et culturelle de la dot tout en limitant les dérives économiques qui pouvaient parfois l’accompagner.

Par ailleurs, la loi accorde une attention particulière à la protection du consentement de la femme. Elle prévoit des dispositions visant à sanctionner les mariages coutumiers forcés et à garantir que l’union repose sur la volonté libre des deux époux. Ainsi, le mariage coutumier est désormais encadré par des règles qui visent à protéger les droits fondamentaux des individus. L’objectif principal de cette réforme est de réconcilier la coutume et le droit moderne. L’État gabonais reconnaît que le mariage traditionnel fait partie intégrante de l’identité sociale et culturelle du pays. Cependant, il cherche également à prévenir les abus et à garantir une meilleure protection juridique des couples.

En résumé, l’encadrement et la légalisation du mariage coutumier au Gabon répondent à trois objectifs majeurs : reconnaître une pratique traditionnelle largement répandue dans la société, protéger juridiquement les couples, et limiter les abus liés à la dot ainsi qu’aux mariages forcés. Cette réforme marque ainsi une étape importante dans la reconnaissance des traditions culturelles tout en les intégrant dans le cadre juridique moderne.

BOUANGA Julhia.

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